La France et l’Allemagne ont publié leur première définition commune de la souveraineté numérique européenne. Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’IA et du numérique, et Karsten Wildberger, ministre fédéral allemand de la Numérisation et de la modernisation de l’État, ont officialisé le document lors du salon Vivatech à Paris.

- La France et l’Allemagne publient une définition commune de la souveraineté numérique européenne, après des années de désaccord.
- Le texte vise à réduire les dépendances technologiques de l’Europe, tout en encadrant la coopération avec des partenaires non européens jugés fiables.
- Paris et Berlin veulent pousser l’Union européenne à protéger les données sensibles et à soutenir davantage les fournisseurs européens.
Il s’agit d’un rapprochement majeur pour deux États qui n’ont jamais réussi à se mettre d’accord sur cette notion. Le texte est un message direct à la Commission européenne et aux autres États membres. « On joue notre indépendance mais aussi notre survie », a déclaré Anne Le Hénanff à Vivatech.
La France et l’Allemagne se réconcilient pour sauver la souveraineté numérique européenne
La ministre française a aussi rappelé l’échec passé sur le cloud. « On n’a pas envie de revivre ce qu’on a vécu sur certaines technologies », a-t-elle ajouté, en référence aux services de cloud où « on a réagi relativement tard en tant qu’Européens ».
Karsten Wildberger a soutenu le même cap. Le ministre allemand estime que la réduction des dépendances technologiques constitue l’impératif géopolitique du moment. Il appelle l’Europe à unir ses forces pour soutenir des start-up européennes capables de rivaliser à l’échelle mondiale.
Pour rappel, ce rapprochement franco-allemand prolonge le Sommet de Berlin de novembre 2025. La task-force composée d’experts des deux gouvernements a élaboré le texte pendant six mois. Le document définit la souveraineté numérique selon six dimensions, chacune assortie de critères concrets.
On parle d’une définition qui couvre la capacité à développer, à fournir, à utiliser, à adapter et à contrôler les technologies numériques de manière autonome et sûre. Le texte couvre aussi le matériel et pas uniquement les logiciels ou les services. Il faut dire que la définition englobe l’Union européenne, les États, les administrations et les acteurs privés.
Une définition précise fixée par ce texte
Et pour cause, la position commune ménage les sensibilités de chaque pays. L’Allemagne défend une souveraineté ouverte qui autorise le travail avec des partenaires non européens jugés « de confiance ». Sauf que voilà, Berlin a signé récemment un contrat de 7,8 milliards d’euros avec AWS pour bâtir un cloud isolé sur son sol. La France défend une lecture plus stricte, avec son référentiel SecNumCloud.
Le texte commun mélange les deux approches. La réduction des dépendances reste un objectif central avec une coopération encadrée avec des partenaires extérieurs qui respectent les exigences de l’Union européenne.
En clair, le document fait aussi des concessions à la position française. L’une des dimensions appelle la Commission européenne à fixer des normes de protection extrêmement strictes pour les données les plus sensibles.
Le texte cible explicitement les législations extraterritoriales adoptées hors de l’Union européenne. La cible principale reste les États-Unis de Donald Trump. Mais ce n’est pas tout puisque ce volet recoupe la proposition de la Commission appelée Cloud and AI Development Act, déjà soutenue par Paris.
L’annonce franco-allemande survient juste après l’affaire Anthropic, puisque Washington impose la suspension de l’accès Mythos et Fable 5 pour les utilisateurs non étasuniens. Bref, l’épisode rappelle aux Européens leur dépendance directe aux choix politiques de Washington. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a aussi appelé à un partenariat solide entre les États-Unis et l’Union européenne sur l’IA.
Sortir de la dépendance aux États-Unis
Résultat, Paris et Berlin relancent le Forum franco-allemand pour l’avenir. Le dispositif, inscrit dans le traité d’Aix-la-Chapelle de janvier 2019, sera coordonné par les deux ministères du Numérique. Il associera des entreprises, des chercheurs et des responsables politiques des deux pays.
Le 18 juin 2026, un premier événement se tiendra en marge de Vivatech, avec le Réseau européen pour la résilience et la souveraineté technologiques. Bercy a aussi lancé une initiative pour pousser les grands acheteurs européens, qu’ils soient publics ou privés, à se tourner vers des fournisseurs européens.
Karsten Wildberger souhaite « rassembler autant d’États membres que possible autour de cette initiative » et l’ancrer dans les futures législations de l’Union européenne.
Source : Presse.economie.gouv
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