Interdire les jeux vidéo aux mineurs ? Macron l’envisage, quitte à raconter n’importe quoi

Emmanuel Macron relance un débat que l’on pensait pourtant enterré. Comme toujours avec les conservateurs quand on parle de jeux vidéo, le président de la République a évoqué la possibilité d’interdire certains titres aux mineurs.

Emmanuel Macron
© The White House

C’est en tout cas ce qui a été dit lors d’un long entretien à Brut. Emmanuel Macron cite explicitement des jeux comme Fortnite qui, selon lui, « déréalisent le rapport à la violence ». Pour rappel, l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans a tout juste été adoptée et le gouvernement multiplie les coups d’éclat, quitte à raconter un peu n’importe quoi.

Macron blâme les jeux vidéo, les scientifiques disent le contraire

Et justement, pour justifier son grief contre les jeux vidéo, Emmanuel Macron a commandé une étude scientifique au Conseil national du numérique et de l’IA. La mission durera deux mois et les conclusions sont attendues pour mai ou juin. L’objectif est de « mesurer scientifiquement l’effet » des jeux vidéo sur les mineurs.

Le président de la République ne mâche pas ses mots et selon lui, « cinq ou six heures par jour à tuer des gens virtuellement » dans un jeu vidéo « conditionne les jeunes ». Emmanuel Macron va même plus loin et explique que cela peut « les pousser à commettre le pire ». Si le consensus scientifique établit que les jeux ont un impact sur les mineurs, le président de la République n’écarte pas la possibilité d’une interdiction de certains titres.

Cette déclaration nous rappelle celle d’une de ses enseignantes en colère qui parlait « des enfants à la dérive » à cause de Fortnite. Pour elle, le jeu d’Epic Games est en partie responsable de l’attaque d’une collègue par un adolescent à Sanary-sur-Mer. Emmanuel Macron a rebondi et affirme que « le rapport entre la violence qui s’installe chez les plus jeunes et l’exposition des enfants et adolescents à des violences dans les jeux vidéo est clair ».

Des propos qui contredisent la recherche scientifique

Une information catégorique qui tranche avec la prudence scientifique que notre cher président prétend vouloir adopter. Le problème, c’est que ce qu’affirme Emmanuel Macron ne fait absolument pas consensus dans la communauté scientifique, bien au contraire.

Presque toutes les études sérieuses menées depuis plusieurs décennies aboutissent à la même conclusion : il n’y a aucun lien entre le gaming violent et le passage à la criminalité. Une étude de dix ans a même montré que ceux qui ont grandi en jouant à des jeux vidéo violents ne sont pas plus agressifs que les autres.

L’Université d’Oxford a publié des travaux qui portaient sur 40 000 joueurs en 2022. Conclusion : le jeu vidéo n’a pas d’effet particulier sur leur bien-être. L’American Psychological Association a même reconnu en 2015 qu’il n’existe « pas suffisamment de preuves scientifiques pour corroborer un lien de causalité entre les jeux vidéo violents et les comportements violents« .

Ce qui rend cette sortie présidentielle d’autant plus surprenante, c’est qu’Emmanuel Macron ne fait que retourner sa veste à ce sujet. Suite à la mort de Nahel Merzouk en juin 2023, le président de la République accusait déjà le jeu vidéo d’avoir « intoxiqué » les émeutiers.

Face au tollé, son équipe de communication a alors publié un message de clarification sur X en septembre 2023. Dedans, on lisait que pour le président de la République, « les jeux vidéo sont une chance pour la France ». En décembre 2025, l’opportunisme l’a poussé à féliciter le studio français Sandfall pour son triomphe aux Game Awards 2025 avec Clair Obscur : Expedition 33.

  • Dans un entretien à Brut, Emmanuel Macron évoque l’idée d’interdire certains jeux vidéo aux mineurs et cite Fortnite.
  • Il lance une mission de deux mois au Conseil national du numérique et de l’IA pour évaluer l’impact des jeux vidéo sur les mineurs, avec des conclusions attendues en mai ou juin.
  • Le texte rappelle que le lien entre jeux vidéo violents et passage à la violence réelle ne fait pas consensus dans la littérature scientifique.

Source : The Conversation

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