Macron admet qu’il dit n’importe quoi sur les jeux vidéo et tente (encore) de se rattraper

Emmanuel Macron a mis le feu aux poudres en faisant la connexion entre la violence chez les plus jeunes et le jeu vidéo. Un discours que la communauté en a marre d’entendre et face à la polémique, le président de la République change de fusil d’épaule.

Emmanuel Macron
© European Union, 2026

Rappel des faits. Le jeudi 5 février, pendant une interview avec le média Brut, Emmanuel Macron a fait un lien direct entre la violence chez les jeunes et les jeux vidéo. Un raccourci qui a fait bondir tout le monde, d’autant plus que le chef de l’État ne s’est pas arrêté là. Le président de la République a annoncé qu’une étude scientifique serait lancée sur les effets du gaming chez les enfants et les adolescents.

Macron retourne sa veste mais ne convainc pas du tout les joueurs

Un travail mené sur deux mois par des experts et par le Conseil national du numérique et de l’IA. L’objectif : « mesurer scientifiquement l’effet de ces contenus sur les jeunes ». Et si les conclusions le justifient, Emmanuel Macron n’exclut pas l’interdiction de certains jeux aux mineurs de moins de 15 ans. Soit le même âge que celui retenu pour l’interdiction des réseaux sociaux déjà en cours.

Face à la polémique, il n’a fallu que 48 heures pour qu’Emmanuel Macron tente de calmer le jeu dans un long message sur X. « J’ai (encore) fait bondir les gamers… », a-t-il écrit avant d’expliquer qu’il a « toujours soutenu le jeu vidéo, la popculture, industrie, création, culture, emplois ». Le chef de l’État précise aussi qu’il ne souhaite pas interdire le jeu vidéo, mais « poser une question simple : quels sont les effets de certains contenus et de certains usages sur les plus jeunes ? ». Les résultats sont attendus en mai ou juin 2026.

Le problème, c’est que la question n’a rien de nouveau et la réponse existe déjà. Le Syndicat national du jeu vidéo n’a pas mâché ses mots dans son communiqué. « Les études scientifiques existent et le consensus scientifique est aujourd’hui extrêmement clair. Aucune corrélation n’existe entre jeu vidéo et violence. Les raccourcis ne peuvent plus être acceptés en 2026. » Le syndicat déplore « une si grande méconnaissance de notre industrie ».

Le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs est encore plus acide. Nicolas Vignolles, son délégué général, résume la situation en une phrase : « On ne peut pas se féliciter des succès du jeu vidéo français le matin, déplorer le secteur le midi pour mieux le dénigrer le soir. »

Rappelons qu’Emmanuel Macron a félicité Clair Obscur : Expedition 33 pour son succès aux Game Awards 2025. Le ministère de la Culture a aussi élevé l’équipe derrière ce jeu au rang de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Il y a donc une incohérence totale de la part du gouvernement.

L’industrie vidéoludique répond à Macron sans mettre de gants

Mais ça ne s’arrête pas là puisque même Epic Games, à qui l’on doit Fortnite, a répondu. L’éditeur rappelle que chaque expérience applique une classification d’âge et que près de 48 000 jeux au sein de l’écosystème sont PEGI 7 ou PEGI 3. Il est aussi possible pour les parents de choisir le temps de jeu maximum et de bloquer l’accès à certains contenus. Les outils existent et sont là depuis des années.

Et c’est bien là que l’argumentation d’Emmanuel Macron ne tient pas la route. Le gaming n’est pas un Far West sans règles, loin de là. La classification PEGI existe depuis plus de 20 ans en Europe. Elle interdit la vente de jeux classés PEGI 18 aux mineurs, même si, entre nous, beaucoup de vendeurs ne sont pas forcément… très regardants. Toutes les consoles du marché, que ce soit la PS5, la Xbox Series ou la Switch 2, proposent des contrôles parentaux pour limiter le temps de jeu ou bloquer les contenus selon l’âge.

Le vrai problème n’est pas l’absence d’outils, mais le fait que beaucoup de parents ne les utilisent pas. Emmanuel Macron le reconnaît lui-même quand il pointe le fait que « des jeux classés PEGI 18 sont joués par des enfants ». L’industrie essaie de prendre le problème à bras le corps malgré le fait que certains parents ne sont pas assez informés sur ces protections déjà en place. Interdire certains jeux à tout un pays n’a aucun sens.

Et puis, rappelons sur le fond, la connexion entre jeux vidéo et violence est un classique de la politique conservatrice. Tous les 5 ou 10 ans, on y a le droit après un fait divers qui implique un adolescent. Aux États-Unis, le même débat a lieu après chaque fusillade de masse dans une école. Et à chaque fois, la recherche scientifique arrive à la même conclusion : il n’existe pas de lien de causalité entre le gaming et les comportements violents. Les facteurs qui poussent un jeune à la violence sont d’ordre social, familial et psychologique, pas ludique.

Le lien entre violence et jeux vidéo n’a jamais été établi

Attention, cela ne veut pas dire que tout va bien. Le temps excessif devant les écrans pose des problèmes de santé publique. Sédentarité, troubles du sommeil, isolement social. Il y a de véritables risques, mais ils ne sont pas propres aux jeux vidéo. Ils concernent tout autant les réseaux sociaux, le streaming ou même la télévision. Le jeu vidéo est donc un bouc émissaire facile.

L’industrie du jeu vidéo en France pèse plusieurs milliards d’euros et emploie des dizaines de milliers de personnes. Elle a prouvé sa valeur avec Clair Obscur : Expedition 33, un jeu français salué dans le monde entier. Alors lui coller cette étiquette de catalyseur de violence, c’est non seulement faux mais aussi très dangereux pour un secteur qui fait la fierté de la création hexagonale.

Et il y a aussi un problème d’incohérence. Emmanuel Macron veut une étude « sans raccourci », mais lui-même commence par le plus gros raccourci possible avec ce lien entre jeux vidéo et violence chez les jeunes lors de l’interview pour Brut. Le message envoyé au public est désastreux. Quand un président de la République dit devant des millions de personnes que les deux ont un lien, l’étude qui suit part avec un préjugé. Peu importe ce que diront les scientifiques. Dans l’esprit de beaucoup de gens, le mal est fait.

Les joueurs n’ont pas attendu pour réagir. Les réactions sur les réseaux sociaux ont été massivement négatives à l’encontre du président de la République. La majorité d’entre eux ont grandi avec des jeux violents sans jamais lever la main sur qui que ce soit.

  • Le 5 février 2026 sur Brut, Emmanuel Macron a fait un lien entre la violence chez les plus jeunes et le jeu vidéo.
  • Il annonce une étude de deux mois sur les effets du gaming, avec des résultats attendus en mai ou juin 2026 et la possibilité de restreindre certains jeux aux moins de 15 ans.
  • Le secteur répond que le consensus scientifique ne montre pas de corrélation jeu vidéo et violence et rappelle l’existence de la classification PEGI et des contrôles parentaux.

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