“Même pas en rêve” : 25 000 € par an pour conduire une voiture radar privée, l’offre qui met les automobilistes en colère

C’est l’indignation sur les réseaux sociaux. Une simple annonce sur Le Bon Coin a mis le feu aux poudres. Et pour cause. L’entreprise MOBIOM, un prestataire qui s’occupe de la gestion des voitures radars privatisées, recherche un conducteur pour son parc de véhicules en Charente-Maritime.

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voiture radar privée
© Unsplash

Plus exactement, on parle d’un CDI à Rochefort avec un salaire annuel d’environ 25 000 euros, soit un peu plus de 2 000 euros par mois. Alors oui, ces conditions pour conduire des radars mobiles paraissent attractives pour certains, si cette mission ne demandait pas de passer ses journées au volant d’une voiture banalisée équipée pour flasher les automobilistes en excès de vitesse.

Conduire une voiture radar privée ? Les internautes refusent catégoriquement

C’est sur la page Facebook Infotrafic17 que le ton est monté, quelques heures à peine après la publication de cette annonce. Les commentaires oscillent entre ironie et hostilité. Comme le rapporte La Charente Libre, certains internautes souhaitent postuler juste pour saboter le véhicule quand d’autres refusent catégoriquement d’envisager un tel emploi. « Même pas en rêve », répètent plusieurs internautes.

D’autres qualifient même ce travail de « métier de délation ». Une réaction épidermique qui montre le rejet profond qu’inspirent ces dispositifs alors que les radars d’extérieur envahissent nos routes et n’épargnent personne.

Voitures radars
© Unsplash/Clément Dellandrea

Le profil recherché par MOBIOM correspond à celui d’un conducteur discret et rigoureux, titulaire d’un casier vierge, avec un permis de conduire depuis 3 ans et un minimum de 10 points. L’annonce précise qu’une expérience dans la conduite comme l’auto-école, l’ambulance, le transport et le maintien de l’ordre sont des atouts.

Pour le salarié, il faudra réaliser des tournées dans la région au volant d’un véhicule équipé de technologies embarquées. Lui sera aussi demandé de respecter scrupuleusement les procédures de travail et maintenir le véhicule dans un état de propreté irréprochable. La mission se fait en totale autonomie pendant environ 5 h 30 par jour.

Les conditions de travail demandent une grande flexibilité puisque les conducteurs sont sollicités de jour comme de nuit, en semaine, le week-end et les jours fériés. Les voitures radars privatisées tournent 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. Les trois tranches horaires habituelles sont de 5 h 30 à 15 h 30, de 15 h à 22 h et de 20 h 30 à 3 h 30 du matin.

Des conditions de travail très difficiles

Un ancien employé interrogé par le journal L’Alsace dénonce des conditions de travail difficiles entre la totale solitude et les longues distances d’environ 250 km par jour, soit plus de 90 000 par an, et le regard hostile des automobilistes qui prennent des photos du véhicule et du conducteur pour les publier sur les réseaux sociaux.

La société MOBIOM est une filiale du groupe Challancin Accueil et Services qui se structure autour de trois activités : la propreté, l’accueil et le multi-service, et la sécurité. L’entreprise a remporté plusieurs marchés en tant que prestataire pour la conduite des voitures radars.

Pour la zone ouest qui regroupe Bretagne, Centre-Val de Loire, Pays de la Loire et Nouvelle-Aquitaine, le contrat signé en août 2024 porte sur un montant de 21,37 millions d’euros sur deux ans, reconductible une fois. Pour la zone nord avec les Hauts-de-France, la Normandie, le Grand Est, la Bourgogne-Franche-Comté, le marché a été attribué en décembre 2024 pour 40,45 millions d’euros jusqu’en décembre 2026, reconductible trois fois pour une année supplémentaire.

Ce sont 225 véhicules dans 55 départements qui sont gérés par Mobiom. L’efficacité économique de ces radars fait débat. Selon la Ligue de Défense des Conducteurs, chaque voiture radar privatisée rapporterait en moyenne 184 000 euros par an à l’État, soit 20 fois plus qu’une voiture radar gérée par la police ou la gendarmerie.

Les radars accusés de juste renflouer les caisses

Ces chiffres alimentent des critiques parmi ceux qui n’y voient qu’une machine à générer de l’argent au lieu d’un outil de sécurité routière. Selon Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes, « on est sur un plan de croissance, pas de sécurité ».

Mais les défenseurs de ces radars ont des arguments opposés. Jean-Yves Lamant, de la Ligue contre la violence routière, estime que ces voitures sont l’un des seuls moyens de prendre les conducteurs en flagrant délit. Les zones dangereuses sont très ciblées et les opérateurs privés ne sont pas rémunérés au flash, mais au nombre de kilomètres parcourus pendant les contrôles de vitesse. Pour faire simple, une voiture radar qui roule trop lentement pour inciter les dépassements pourrait même être pénalisée puisqu’elle pousse à la faute.

Sur le plan technique, ces véhicules sont équipés du radar embarqué GATSO Millia qui peut flasher en roulant. Une technologie qui utilise un flash infrarouge, invisible à l’œil nu, pour que la verbalisation se fasse discrètement. L’antenne radar est cachée au niveau de la plaque d’immatriculation et un boîtier pour la photographie se trouve sur le tableau de bord.

Quatre caméras à l’avant et à l’arrière complètent le dispositif. Ces radars sont capables de contrôler les véhicules qui circulent dans le même sens, ceux qui les dépassent ainsi que ceux qui arrivent en sens inverse. Seuls les véhicules derrière échappent à la détection.

Ces véhicules sont très utilisés comme radars mobiles

voiture radar

Les modèles utilisés sont des berlines compactes courantes comme la Peugeot 208, la Seat Leon, la Ford Focus et la Skoda Octavia puisqu’elles se fondent dans la circulation. La marge d’erreur pour ces radars est bien plus généreuse que celle des radars fixes. Pour les vitesses inférieures à 100 km/h, une soustraction de 10 km/h est appliquée. Au-delà, la marge atteint 10 % de la vitesse relevée.

L’indignation suite à cette annonce ne vise pas tant l’entreprise que le principe même des voitures radars. Pour une partie des usagers de la route, elles incarnent une surveillance permanente jugée injuste et déconnectée de la réalité du terrain. Et le fait que des civils puissent participer à une mission qui était autrefois menée par les forces de l’ordre cristallise un peu plus les tensions. Certains internautes parlent même d’un sentiment de trahison.

La mortalité routière a connu une forte baisse depuis que les radars automatiques sont en circulation. C’est au début des années 2000 que ces dispositifs ont été déployés avec de nouvelles versions comme le radar Dexter. Mais selon la Ligue de Défense des Conducteurs, cette baisse stagne depuis 2014. Un constat qui alimente le débat sur la vraie efficacité de la politique du tout répressif et sur la pertinence d’investir massivement dans ces radars au lieu d’autres mesures de prévention.

  • MOBIOM, prestataire privé, recrute des conducteurs pour des voitures radars privatisées en Charente-Maritime, ce qui déclenche une vague d’indignation en ligne.
  • Le poste tourne autour de 2 000 euros par mois, avec longues tournées en totale autonomie et horaires très étendus, de jour comme de nuit.
  • Ces voitures radars privatisées, très rentables pour l’État, sont accusées par des associations d’être surtout un outil de revenus plutôt qu’un outil de sécurité routière.

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