L’euro numérique arrive en France : pourquoi les banques s’y opposent

Six transactions sur dix en Europe passent par Visa ou Mastercard. On parle de deux entreprises étasuniennes qui contrôlent la majorité des paiements par carte sur le continent. La Banque centrale européenne veut mettre fin à cette dépendance avec l’euro numérique.

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euro numérique
© Unsplash/Gemini

On parle d’une version électronique du billet de banque émise directement par la BCE. Le calendrier est posé avec une phase pilote en 2027 et une mise en circulation en 2029. Et pour la première fois, le Parlement européen a voté en faveur du projet.

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L’euro numérique bientôt en France ? Le projet avance bien

Mais alors c’est quoi exactement l’euro numérique ? Il faut comprendre une chose. Quand vous payez par carte ou par virement, l’argent qui circule n’est pas de la monnaie publique. C’est de la monnaie commerciale, créée par votre banque.

En clair, votre compte en banque ne contient pas des euros émis par la BCE. Il contient une promesse de votre banque de vous rendre ces euros si vous les demandez. C’est une nuance qui change tout en cas de crise. Si votre banque fait faillite, vos euros sont en danger.

L’euro numérique, lui, sera de la monnaie publique. C’est un euro garanti par la BCE, comme un billet de 20 euros dans votre poche. Sauf qu’il sera stocké dans un portefeuille numérique sur votre smartphone ou sur une carte à puce.

Le 10 février 2026, le Parlement européen a adopté deux amendements favorables au projet lors du vote du rapport annuel sur la BCE avec 438 voix pour et 158 contre. Ce vote n’a pas de valeur juridique directe. C’est un signal politique qui marque un virage.

Le Parlement était le principal frein au projet depuis des mois. Fernando Navarrete Rojas, l’eurodéputé espagnol chargé du dossier, a tout fait pour retarder les travaux. Il voulait limiter l’euro numérique à un mode hors ligne, sans connexion internet, réservé aux paiements entre particuliers. En gros, une version tellement réduite qu’elle n’avait plus aucun intérêt face à Visa et Mastercard. Le vote de février a balayé cette ligne.

L’Europe cherche à réduire sa dépendance aux États-Unis

Pourquoi ce virage en 2026 ? Il faut dire que le contexte géopolitique a tout accéléré. Les sanctions étasuniennes contre des juges de la Cour pénale internationale ont rappelé une réalité gênante à l’Europe. Nos infrastructures de paiement dépendent d’entreprises soumises au droit étasunien.

Si Washington décide de couper l’accès à Visa ou Mastercard pour un pays européen, il n’existe aucune alternative crédible à grande échelle. Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, a été très clair en février 2026. Tout retard dans l’adoption du cadre juridique renforcerait la dépendance aux réseaux de cartes internationaux et aux stablecoins des grandes entreprises technologiques non européennes.

En janvier 2026, 70 économistes et experts, dont Thomas Piketty et Éric Monnet, ont signé une lettre ouverte partagée par le Financial Times. Pour eux, l’euro numérique public est « la seule défense » de l’Europe face à cette menace.

C’est la raison pour laquelle les commerces français soutiennent le projet. Les frais de carte bancaire pèsent lourd sur les petits commerces. Un restaurateur paie une commission à chaque paiement par carte. L’euro numérique promet des transactions sans frais pour les consommateurs et des commissions réduites pour les professionnels.

Les paiements seraient aussi instantanés. Plus besoin d’attendre un ou deux jours ouvrés pour que l’argent arrive sur le compte du vendeur. La panne géante qui a paralysé les paiements en Espagne en 2025 a aussi marqué les esprits. Un réseau de paiement public offrirait une couche de résilience en plus.

Les banques refusent d’entendre parler de l’euro numérique

Sauf que voilà, les banques ne veulent pas en entendre parler. Et c’est logique. L’euro numérique menace leur modèle économique de plein fouet. Si les citoyens européens stockent une partie de leur argent dans un portefeuille BCE, ils retirent cet argent de leur compte bancaire classique. Moins de dépôts pour les banques, c’est moins de capacité à prêter et moins de revenus.

Une étude de PwC estime le coût pour le secteur bancaire européen à 18 milliards d’euros. Les banques perdront aussi une partie de leurs commissions sur les transactions. D’autant qu’elles ont investi massivement dans Wero, leur propre solution de paiement européenne pour concurrencer Visa et Mastercard. L’euro numérique rendrait Wero beaucoup moins pertinent.

Le lobbying bancaire au Parlement européen est intense depuis des mois. Chez le PPE, le principal groupe politique, la position des banques a longtemps été défendue. La fédération bancaire allemande a aussi pesé de tout son poids pour retarder le projet. C’est en partie ce qui explique les années de blocage au Parlement. Mais le vote de février 2026 montre que le vent a tourné.

Un projet de longue date pour l’Europe

Pour rappel, la BCE travaille sur ce projet depuis 2020. La Commission européenne a présenté sa proposition de règlement en juin 2023. Le Conseil européen a apporté son soutien unanime en décembre 2025. Un premier vote du Parlement est prévu en mai 2026 et le vote final suivrait en juin. Si le cadre juridique est adopté, la BCE lancera la sélection des prestataires de services et le pilote démarrera au second semestre 2027. Les premiers euros numériques pourraient circuler en 2029.

Bref, l’euro numérique va arriver en France et plus largement en Europe. La seule question, c’est la forme qu’il prendra. Les banques souhaitent une version bridée qui ne les menace pas. La BCE et les professionnels demandent une version complète qui rivalise avec Visa et Mastercard. Le Parlement européen tranchera dans les prochains mois.

  • Le Parlement européen a voté le 10 février 2026 en faveur de l’euro numérique, via deux amendements adoptés dans le rapport annuel sur la BCE.
  • Le calendrier vise une phase pilote au second semestre 2027 et une mise en circulation en 2029.
  • L’euro numérique serait une monnaie publique émise et garantie par la BCE, stockée dans un portefeuille numérique sur smartphone ou sur une carte à puce.

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