La souveraineté numérique européenne se joue aussi sur nos téléphones. La Free Software Foundation Europe réclame le droit de désinstaller totalement l’IA des appareils Android auprès de la Commission européenne.

- La Free Software Foundation Europe demande à Bruxelles d’obliger Google à laisser les utilisateurs supprimer totalement les modules d’IA d’Android.
- Elle accuse Google d’installer une IA lourde, impossible à retirer durablement, alors que le Digital Markets Act garantit la désinstallation des logiciels préinstallés.
- La fondation veut aussi empêcher Google d’imposer un compte, un contrat ou une vérification d’identité aux développeurs Android indépendants.
La Free Software Foundation demande aussi une interopérabilité libérée des contrôles imposés par Google aux développeurs. Ces propositions s’inscrivent dans le Digital Markets Act, la grande loi européenne sur les marchés numériques.
Google installe l’IA en douce sur Android, l’Europe pourrait l’en empêcher
Tout part d’une pratique discrète de Google. La firme de Mountain View installe de gros modèles d’IA sur les téléphones Android sans prévenir l’utilisateur. Cette IA occupe plusieurs gigaoctets de mémoire et reste impossible à supprimer.
Quand un utilisateur la retire malgré tout, elle se réinstalle toute seule. L’IA fait son retour au fil des mises à jour du système d’exploitation, sans accord clair du propriétaire de l’appareil. Le Digital Markets Act garantit pourtant aux utilisateurs le droit de désinstaller les logiciels préinstallés. En clair, cette installation forcée enfreint la loi européenne.
La fondation a transmis sa contribution à la mi-juin 2026. Elle vise des améliorations dans le code source ouvert d’Android, la base technique du système d’exploitation. Elle avance deux mesures précises.
- La première permet aux utilisateurs de supprimer chaque module d’IA, sans réinstallation ou réactivation silencieuse
- La seconde supprime l’obligation de s’inscrire ou de signer un contrat avec Google pour accéder aux fonctionnalités d’Android. On parle de fonctionnalités comme l’appel d’une IA par commande vocale ou l’accès au matériel du téléphone.
Bruxelles cherche à lutter contre le monopole des GAFAM
Cette bataille sur l’ouverture d’Android n’a rien de nouveau, puisque même Apple est venu défendre Google face à la Commission. Lucas Lasota, responsable du programme juridique de la fondation, insiste. « Il faut dissocier l’interopérabilité des procédures de vérification des développeurs », déclare-t-il.
Mais ce n’est pas tout. En septembre 2026, Google compte lancer sa certification des développeurs Android. Chaque créateur d’application s’inscrira auprès de Google avant que son logiciel s’installe sur un appareil certifié. Le dispositif impose des contrats, des frais de compte et la transmission de l’identité des développeurs.
Il toucherait même les développeurs qui publient sur des boutiques alternatives comme F-Droid, hors de l’univers de Google. En février 2026, trente-sept organisations ont déjà signé une lettre ouverte contre cette obligation.
La fondation alerte sur le danger pour les développeurs de logiciels libres, mais aussi pour ceux qui vivent sous des régimes autoritaires. Leur inscription auprès d’une société privée les exposerait à « des risques de surveillance et de représailles », prévient l’organisation.
Le 27 juillet 2026, la Commission européenne rendra sa décision finale sur ces mesures. Pour rappel, elle a ouvert cette procédure en janvier 2026, autour des fonctionnalités de l’IA Gemini. Le premier bilan officiel du règlement était attendu au printemps 2026.
Ne pas laisser Google dicter sa loi à l’Europe
La fondation craint que le texte actuel laisse Google imposer sa vérification d’identité. Pour elle, exiger l’inscription des développeurs trahit la lettre et l’esprit du Digital Markets Act. Le sujet dépasse d’ailleurs Android.
Sur le même terrain, la France et l’Allemagne cherchent à réduire la dépendance numérique de l’Europe. La souveraineté numérique du continent passe par le contrôle de ces logiciels installés dans les appareils.
Résultat, la fondation pose une exigence simple. Aucun développeur n’aurait besoin d’un compte Google, d’une présence sur le Play Store ou d’un accord avec la firme de Mountain View pour accéder à l’interopérabilité d’Android.
Pour elle, la liberté de retirer un logiciel et de créer sans autorisation forme le socle d’un marché numérique ouvert. Le verdict de Bruxelles dira jusqu’où l’Europe est prête à contraindre Google.
Source : FSFE
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