L’Iran a détruit près d’un milliard de dollars de drones, le Pentagone capitule sur sa doctrine

Le Pentagone veut des drones bon marché après la perte de dizaines de Reaper en Iran. La Defense Innovation Unit a publié un appel à l’industrie pour un engin produit en masse et assumé comme sacrifiable.

Sommaire
Reaper drone
© U.S. Air Force
  • Le Pentagone veut des drones bon marché et sacrifiables après la perte de dizaines de MQ-9 Reaper en Iran.
  • Le programme Massed Modular Aircraft vise à produire en masse des drones capables de saturer les défenses ennemies, même avec de lourdes pertes.
  • Les États-Unis veulent rompre avec les appareils rares et coûteux, alors que les Reaper à 30–50 millions de dollars fondent trop vite.

L’armée de l’Air des États-Unis a perdu près de trente MQ-9A Reaper au-dessus de l’Iran et la facture approche le milliard de dollars, ce qui est une somme salée pour le Pentagone. Ce nouveau programme s’appelle Massed Modular Aircraft.

Washington cherche des drones moins coûteux à sacrifier

Le Pentagone veut des drones capables d’encaisser les pertes sans casser la manœuvre. Il s’agit d’un renversement de doctrine. La Defense Innovation Unit juge intenable la dépendance à quelques appareils rares et coûteux, au-delà de trente millions de dollars pièce.

En face, les défenses aériennes s’empilent en couches et coûtent moins cher. L’agence veut noyer ces défenses sous des masses de drones, même quand beaucoup tombent. En clair, la perte cesse d’être un accident et se mue en paramètre du plan de vol, le tout assumé.

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé leur campagne aérienne contre l’Iran et la trêve est arrivée début avril. Les forces états-uniennes ont frappé plus de 13 000 cibles, dont plus de 4 000 objectifs mobiles apparus en cours de mission.

Kenneth Wilsbach, chef d’état-major de l’armée de l’Air, a salué le Reaper lors d’une audition au Congrès. « Aucune autre plateforme n’approche le MQ-9 », a-t-il lancé aux élus. Mais ce n’est pas tout puisque le Congressional Research Service a recensé au moins 42 appareils perdus ou endommagés.

Le décompte comprend 28 Reaper, quatre F-15E, un F-35 et sept ravitailleurs KC-135. Résultat, la flotte de Reaper est tombée à environ 135 exemplaires. Au début de l’exercice 2025, l’armée de l’Air en alignait encore 231. Le plancher optimal est fixé à 189 appareils.

Le Reaper, une cible facile pour les adversaires des États-Unis

Il faut dire que le Reaper est une cible commode. L’appareil vole lentement, sur des trajectoires prévisibles, sans la moindre furtivité. Les batteries iraniennes s’appuient sur des capteurs électro-optiques et infrarouges, qui n’alertent pas les détecteurs radar du drone.

Certains drones ont aussi brûlé au sol, sous les frappes iraniennes contre les bases de la région. Pour rappel, entre 2023 et 2025, les Houthis ont déjà abattu une vingtaine de Reaper. Les armées cherchent partout des parades bon marché, à l’image du canon du char Leclerc contre les drones.

Le calcul économique tourne au désavantage des États-Unis. Un Reaper coûte environ trente millions de dollars, et jusqu’à cinquante millions de dollars avec sa suite de capteurs complète. Le drone d’attaque iranien qui le vise vaut quelques dizaines de milliers de dollars.

Reaper drone
© U.S. Air Force

Sauf que voilà, Kenneth Wilsbach défend le bilan du Reaper, puisqu’aucun équipage n’a été exposé au feu. L’armée de l’Air et de l’Espace française connaît la même situation. Ses Rafale ont tiré des missiles à 600 000 euros contre des drones au-dessus du Golfe.

L’Ukraine a exploré cette voie depuis des mois. Ses forces lancent chaque jour des centaines de drones et de missiles peu coûteux contre les raffineries, les dépôts et les axes logistiques russes.

Cette pression permanente épuise les intercepteurs adverses plus vite que l’industrie russe ne les remplace. Kiev pousse la logique jusqu’au largage de drones kamikazes depuis des ballons, pour doubler la portée sans dépenser un dollar de plus.

Le cahier des charges du Massed Modular Aircraft reprend ce raisonnement. On parle d’une charge utile d’au moins 1 270 kilogrammes et d’un rayon d’action de combat de 4 260 kilomètres sans ravitaillement. Un vol sans retour porterait l’engin à près de 14 800 kilomètres.

Un premier prototype de drone sera testé sous deux ans

Le drone gardera les capteurs vidéo et les armements du MQ-9A. Un prototype grandeur nature volera dans les 21 mois après la notification du contrat. D’ici l’exercice 2031, la Defense Innovation Unit vise vingt appareils prêts au combat. Et pour cause, la flotte de Reaper fond plus vite que l’industrie ne la reconstitue.

En 2025, General Atomics a arrêté la production du MQ-9A. Le constructeur ne propose plus qu’une dizaine de drones neufs dans le monde entier et pousse son MQ-9B SkyGuardian à trente millions de dollars. Mark Brinkley, porte-parole de General Atomics, défend la valeur de sa gamme et se dit prêt à concourir.

Le 11 mai 2026, l’armée de l’Air a déjà validé le besoin d’un successeur modulaire, produit en masse et bon marché. Bref, la leçon ukrainienne est comprise à Washington. Le Pentagone réclame près de 54,6 milliards de dollars pour son groupe de guerre autonome. Ce bureau a touché 225,9 millions de dollars un an auparavant.

Des sénateurs s’alarment déjà de l’absence de doctrine face à des essaims autonomes, un débat qui recoupe celui des drones tueurs pilotés par une IA. La production de masse reste le vrai obstacle.

Source : Breaking Defense

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