Drones tueurs : une IA a tué des soldats sans intervention humaine en « mode Terminator »

Des drones dotés d’une IA ont tué des soldats sans la moindre intervention humaine, une première dans l’histoire de la guerre. La révélation vient d’Alexander Kokhanovskyy, une figure de l’industrie de la défense ukrainienne. En 2024, dix drones en “mode Terminator” ont éliminé des militaires russes lors d’un essai sur le front. 

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Drones tueurs IA Ukraine
© Image IA d’illustration générée avec ChatGPT / BuzzArena
  • Des drones ukrainiens dotés d’IA auraient tué des soldats russes sans intervention humaine en 2024, lors d’un test près de Bakhmut et Chasiv Yar.
  • Le “mode Terminator” permettait aux drones de chercher et frapper seuls des cibles, sans vidéo, sans liaison et sans opérateur dans la boucle.
  • Cette révélation relance le débat mondial sur les armes autonomes, que l’ONU veut interdire face aux risques d’erreurs, de civils tués et d’absence de responsabilité.

C’est lors d’un événement de presse organisé par l’ambassade d’Ukraine que l’aveu a été lâché au magazine New Scientist. Alexander Kokhanovskyy a partagé la technologie utilisée pendant ce test. « Nous l’avons essayé. C’est un test. Nous ne l’avons jamais déployé plus largement », explique l’industriel.

Des drones 100 % autonomes ont tué des soldats en Ukraine

En 2024, dix quadricoptères ont été programmés pour voler vers la ligne de front, parcourir entre 3 et 5 km en une dizaine de minutes, puis activer le fameux “mode Terminator”. Un modèle d’IA embarqué cherche alors des cibles et les frappe, sans le moindre opérateur derrière un écran.

« Nous le lançons et nous savons que tout sera mort, tout ce qui sera trouvé dans cette zone précise sera mort », détaille Alexander Kokhanovskyy. « Il n’y a aucune connexion avec le drone, vous ne pouvez pas voir la vidéo, rien. Tout ce qu’il voit sera tué. »

Aucune liaison ne permettait de vérifier le travail des appareils. Des drones pilotés par des humains ont donc survolé la zone après l’attaque pour constater les dégâts. Le bilan évoque « quelques soldats, un camion ». L’essai a été mené par une unité militaire près de Bakhmut et de Chasiv Yar pendant une contre-offensive ukrainienne. Le ministère de la Défense ukrainien n’a pas répondu aux questions du magazine.

Pour rappel, l’IA est partout dans les armées du monde. Elle trie les énormes quantités de données du renseignement, identifie des cibles potentielles et automatise certaines étapes du tir. Mais un humain reste toujours dans la boucle au moment décisif.

Les États-Unis envoient déjà des robots en première ligne devant leurs soldats lors d’exercices, sans franchir cette limite. L’aveu d’Alexander Kokhanovskyy est donc la preuve la plus directe à ce jour d’une mort causée par la seule décision d’une IA.

Le gouvernement ukrainien interdit l’utilisation de l’IA lors de la phase finale d’interception des cibles. Sauf que voilà, des discussions sont en cours avec les industriels de la défense pour assouplir ces règles.

L’IA a déjà été utilisée pour mener des attaques par drone

Des précédents existent. En 2023, des drones d’attaque ukrainiens dopés à l’IA auraient frappé des véhicules sans assistance humaine. Mais aucune victime ne fut confirmée. En 2021, un rapport des Nations unies suggérait qu’un quadricoptère Kargu-2 de fabrication turque a attaqué des combattants en Libye de manière autonome. Sans détail sur d’éventuels morts.

Les Nations unies réclament l’interdiction de ces armes. En 2025, António Guterres, secrétaire général de l’organisation, a appelé à un bannissement mondial. « Il n’y a pas de place pour les systèmes d’armes létales autonomes dans notre monde », a-t-il martelé. 

L’institution redoute des violations du droit international humanitaire, des tirs fratricides et des frappes sur des civils. Il faut dire qu’une IA reste faillible et que personne ne porte la responsabilité de ses erreurs.

L’armée ukrainienne se défend de tout dérapage. Danylo Polozhukhno, commandant au sein du 21e régiment de systèmes sans pilote, assure que ses soldats utilisent des systèmes semi-autonomes avec un humain aux commandes.

« Nous n’utilisons pas de systèmes de drones totalement autonomes qui sélectionnent et engagent des cibles sans la moindre implication d’un opérateur », affirme le militaire. Il ajoute que « l’Ukraine adhère au droit international humanitaire » et veille à éviter les victimes civiles.

Les experts s’inquiètent de ces armes automatisées

Les experts s’écharpent sur la question. Mariarosaria Taddeo, professeure à l’université d’Oxford, réclame une interdiction pure et simple. « Ce n’est pas juste problématique, c’est horrible », lance la chercheuse. « Voulons-nous être la société qui tue d’autres personnes, qui autorise son gouvernement à tuer d’autres personnes, sans implication humaine ? »

Anthony King, professeur à l’université d’Exeter, relativise la portée militaire de ces armes. « Ce n’est pas seulement éthique de garder des humains dans la boucle, à ce stade, c’est plus efficace militairement », estime l’universitaire. Sur les millions de drones utilisés en Ukraine, très peu ont agi en pleine autonomie.

La course mondiale est pourtant lancée. Les États-Unis développent des logiciels qui analysent des masses de données pour sélectionner des cibles sur le champ de bataille. Avec une confirmation humaine toutefois, en théorie. Des drones aériens Goalkeeper et des drones navals Whiplash capables de trouver leurs propres cibles seraient aussi en développement outre-Atlantique.

Pendant ce temps, les programmes d’avions de combat classiques s’enlisent. La preuve avec un GCAP qui patine malgré les milliards engagés. La guerre bascule vers des machines à bas coût pilotées par l’IA.

Alexander Kokhanovskyy assure que le projet Terminator n’a pas progressé depuis le test à cause des règles ukrainiennes. L’industriel dirige Aero Center, une entreprise de drones intercepteurs qui n’existait pas au moment de l’essai. Son système ALITA reposera sur 16 rampes de lancement et 64 drones pour abattre les Shahed russes avant qu’ils n’atteignent les villes.

Des drones pilotés par IA qui parcourront le ciel à 450 km/h

En octobre 2026, l’ensemble sera prêt et les appareils fonceront vers leurs cibles à 450 km/h. La batterie entière demandera seulement deux opérateurs humains, mais la validation restera obligatoire lors de l’interception.

« Chaque étape peut être manuelle ou automatique. Nous n’avons pas le droit de faire la dernière étape automatiquement », regrette le patron, qui milite pour un assouplissement. « J’adorerais », lâche-t-il. L’Ukraine reste le laboratoire mondial de cette guerre des machines, la preuve avec ces drones kamikazes largués par ballon qui doublent leur portée.

Pendant que les Européens enterrent leurs grands projets, à l’image de l’abandon du SCAF, le champ de bataille appartient aux essaims bon marché. La boîte de Pandore est ouverte et la question n’est plus de savoir si les drones tueurs autonomes reviendront, mais quand.

Source : New Scientist

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