Non, les États-Unis n’exigent pas (encore) vos réseaux sociaux pour l’ESTA ou un visa

Depuis une semaine, l’information circule partout : les États-Unis exigeraient de fournir ses comptes de réseaux sociaux, ses numéros de téléphone et ses adresses e-mail pour obtenir un ESTA. Des dizaines de médias français relaient l’information comme si la mesure était déjà en vigueur depuis le 8 février 2026. Sauf que c’est faux. L’ambassade des États-Unis en France a publié un communiqué le 11 février pour remettre les pendules à l’heure.

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© Daniel Torok

Reprenons depuis le début. Le 10 décembre 2025, le CBP, l’agence des douanes et de la protection des frontières des États-Unis, a publié un document dans le Federal Register, le journal officiel étasunien. Ce document n’est pas un décret. C’est un avis de consultation publique de 60 jours, dans le cadre de la Paperwork Reduction Act. En clair, l’administration propose des modifications au formulaire ESTA et invite le public, les entreprises et les associations à donner leur avis avant que quoi que ce soit soit décidé.

Non, il ne faut pas fournir ses réseaux sociaux pour les demandes ESTA

La consultation s’est terminée le 9 février 2026. Le lendemain, plusieurs médias ont annoncé que les nouvelles règles étaient entrées en vigueur. De nombreux articles ont tous publié des articles qui présentaient les réseaux sociaux comme « désormais obligatoires » pour l’ESTA. Le problème ? La fin de la consultation ne signifie pas l’entrée en vigueur de la mesure. C’est tout simplement la première étape d’un processus administratif bien plus long.

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L’ambassade des États-Unis en France a été très claire dans sa note du 11 février : « L’exigence proposée de fournir des identifiants de réseaux sociaux pour les demandeurs ESTA n’est pas encore en vigueur. » Le Département de la sécurité intérieure a confirmé : « Aucune nouvelle exigence n’est actuellement en place. » Les voyageurs continueront « à suivre les procédures de demande d’ESTA en vigueur jusqu’à nouvel ordre. »

En gros, la rubrique « Médias sociaux » du formulaire ESTA existe déjà. Elle est présente depuis l’administration Obama. Sauf qu’elle est facultative. Vous pouvez indiquer vos comptes ou laisser le champ vide, sans aucune conséquence sur votre demande. Ce qui est proposé, c’est de rendre cette déclaration obligatoire et d’y ajouter des informations supplémentaires.

Voici ce que les demandeurs d’ESTA auront à fournir pour voyager aux États-Unis

Si la réforme est adoptée, voici ce que les demandeurs d’ESTA auront à fournir :

  • Les identifiants de réseaux sociaux utilisés au cours des cinq dernières années.
  • Tous les numéros de téléphone des cinq dernières années.
  • Toutes les adresses e-mail des dix dernières années.
  • Un selfie en plus de la photo du passeport.
  • Des données biométriques et des informations sur les membres de leur famille.

Aucun mot de passe ne serait demandé. Les autorités se limiteraient aux informations publiques. Le hic, c’est que cette proposition doit encore franchir plusieurs étapes avant d’être appliquée. Selon le calendrier détaillé par l’ambassade, le CBP doit d’abord examiner tous les commentaires reçus pendant la consultation publique.

Cette phase prend entre un et deux mois, ce qui nous amène en mars ou avril 2026. L’agence publie ensuite un avis dans le Federal Register pour annoncer la transmission du dossier au Bureau de la gestion et du budget, l’OMB. Une nouvelle période de commentaires de 30 jours s’ouvre alors. L’OMB examine le texte et peut l’approuver, demander des modifications ou le refuser.

Résultat : même dans le scénario le plus optimiste pour l’administration, la mesure n’entrerait pas en vigueur avant mai ou juin 2026. Et rien ne garantit qu’elle sera adoptée dans sa forme actuelle. Le CBP peut tout à fait revoir sa copie, réduire le périmètre des données exigées ou abandonner certains champs en fonction des retours reçus. Sans approbation de l’OMB, l’administration n’a pas le droit d’imposer cette collecte de données.

Pour rappel, cette proposition s’inscrit dans le cadre du décret présidentiel 14161, signé par Donald Trump en janvier 2025, qui vise à renforcer les contrôles de sécurité aux frontières. Le secteur du tourisme s’en inquiète ouvertement. Le World Travel and Tourism Council estime que les États-Unis pourraient perdre jusqu’à 4,7 millions de visiteurs en 2026, soit une chute de 23 %, pour 15,7 milliards de dollars de dépenses touristiques en moins. En France, 57 % des voyageurs déclarent reconsidérer un séjour aux États-Unis cette année.

Rien ne change pour le moment si vous voyagez aux États-Unis

Le timing est d’autant plus sensible que les États-Unis co-organisent la Coupe du monde de football en juin 2026 avec le Canada et le Mexique. Des centaines de milliers de supporters du monde entier sont attendus. Un durcissement des formalités d’entrée à quelques semaines de l’événement pourrait sérieusement compliquer la logistique.

Bref, si vous avez un voyage aux États-Unis prévu dans les prochaines semaines, rien ne change. Votre demande d’ESTA fonctionne exactement comme avant. La rubrique « Médias sociaux » reste facultative. Il n’est pas nécessaire de refaire votre ESTA si vous en avez un en cours de validité. Le seul conseil valable : dites la vérité quand vous remplissez le formulaire. Mentir sur une demande d’ESTA peut entraîner une interdiction de territoire de dix ans.

La véritable question, c’est ce qui se passera cet été. Si la mesure est adoptée, chaque demandeur d’ESTA des 42 pays du programme d’exemption de visa, dont la France, auront l’obligation d’un audit numérique complet de ses cinq à dix dernières années. Reste à savoir si l’administration américaine est prête à transformer un formulaire de voyage en outil de surveillance de masse, à quelques semaines d’accueillir le monde entier pour un Mondial.

  • L’ambassade des États-Unis en France affirme le 11 février 2026 que l’exigence proposée n’est pas en vigueur pour l’ESTA.
  • Le document du 10 décembre 2025 dans le Federal Register était une consultation publique de 60 jours, clôturée le 9 février 2026.
  • Même si le projet avance, la procédure décrite repousse une éventuelle mise en œuvre au plus tôt à mai ou juin 2026.

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