Pokémon Go : les 30 milliards de scans de joueurs ont entraîné la navigation de drones militaires

Pokémon Go a transformé ses joueurs en cartographes militaires sans qu’ils le sachent. On parle de 30 milliards de scans capturés dans le jeu pour entraîner un système de navigation repris par Vantor. Il s’agit d’un prestataire de la défense étasunienne et de données qui guident des drones quand le GPS est brouillé. Niantic se défend timidement.

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© Niantic (modifié avec ChatGPT)
  • Pokémon Go aurait servi à collecter 30 milliards de scans utilisés pour entraîner une cartographie 3D capable d’aider des drones sans GPS.
  • Niantic Spatial reconnaît que les scans des joueurs ont entraîné une première version de son modèle, mais évite le sujet de la période avant le rachat par Scopely.
  • L’affaire choque, car des joueurs ont filmé rues, parcs, bâtiments et parfois logements sans comprendre que ces données pouvaient finir dans un outil lié à la défense étasunienne.

En juin 2026, le quotidien néerlandais Trouw a révélé l’affaire. Depuis 2021, Pokémon Go récompense les joueurs qui filment leur environnement autour des PokéStops. Des objets exclusifs tombent en échange de vidéos de rues, de parcs, de bâtiments et parfois même de l’intérieur des appartements.

Les joueurs de Pokémon Go ont-ils entraîné des drones militaires ?

Les conditions d’utilisation, explicites mais indigestes, accordaient à Niantic « une licence transférable et sous-licenciable » sur ces images. En clair, l’entreprise se donnait le droit de revendre les captures à des tiers. Personne ne lisait ces lignes et des centaines de millions de joueurs ont cartographié la planète sans le savoir.

Ces scans alimentent une technologie appelée VPS, pour Visual Positioning System. Le principe est simple. La caméra d’une machine compare ce qu’elle voit à un modèle 3D préchargé pour se situer avec précision, sans le moindre satellite.

Il s’agit d’une capacité précieuse pour les militaires puisque le brouillage du GPS est une arme banale sur le front ukrainien, où les drones kamikazes frappent deux fois plus loin grâce à des ballons. Un appareil équipé d’un VPS vole toujours là où un drone classique n’y arrive plus.

Le 16 décembre 2025, Niantic Spatial et Vantor ont annoncé leur partenariat. La première société gère la localisation au sol grâce à sa carte 3D et la seconde apporte son logiciel Raptor pour la navigation aérienne des drones.

La réponse de Niantic reste très timide

Le communiqué commun cite clairement le brouillage et l’usurpation du GPS comme cibles, avec les drones autonomes, les véhicules et les lunettes de réalité augmentée comme plateformes. Vantor n’est pas n’importe qui. Le 1er octobre 2025, Maxar Intelligence a pris ce nouveau nom. L’entreprise travaille pour la National Geospatial-Intelligence Agency avec un contrat de 70 millions de dollars.

Mais alors, que répond Niantic ? Pour rappel, Scopely, filiale du groupe saoudien Savvy Games, a racheté la branche gaming de Niantic pour 3,5 milliards de dollars en début d’année 2025. Le reste de la société est désormais Niantic Spatial, une entité spécialisée dans la cartographie 3D et propriétaire des fameux scans.

Dans un communiqué, Niantic assure que « depuis que Pokémon GO fait partie de Scopely, ses données ne sont plus partagées avec Niantic Spatial ». Sauf que voilà, rien n’est dit sur la période antérieure au rachat. Et pour cause, Niantic Spatial reconnaît que les scans des joueurs ont entraîné une « première version » de son modèle de navigation.

Vantor assure ne pas toucher aux données du jeu et affirme que ses capacités reposent sur « nos propres données 3D produites à partir de notre imagerie satellitaire ». L’entreprise refuse pourtant de préciser si le modèle qu’elle adapte a été entraîné avec ces scans.

Des joueurs s’opposent à cette collecte

Les réactions sont vives. Jeroen van den Hoven, professeur d’éthique à l’université de Delft, tranche dans Trouw. « Sans la grande quantité de scans de tous ces joueurs, le développement de ce système n’aurait jamais progressé aussi vite. »

Floris De Hingh, joueur néerlandais de 34 ans, a même scanné son propre appartement. « Je jouais juste à un jeu », confie-t-il au quotidien. Adrian Hon, créateur de jeux britannique, conseille carrément aux joueurs d’arrêter les scans.

Cette affaire tombe au moment où les armées multiplient les parades face aux drones. En France, l’armée a abattu un drone avec le canon de 120 mm du char Leclerc lors d’un essai. Orange prépare aussi son bouclier anti-drones avec ses 20 000 antennes mobiles.

Source : Drone XL

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