“Le made in France, c’est terminé” : Renault délocalise la production du Scénic électrique

Renault a validé la production de trois modèles électriques dans son usine espagnole de Palencia. Le Scénic, l’Austral et le Rafale quitteront les chaînes françaises. Voici la nouvelle stratégie du constructeur qui met fin au made in France.

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Le made in France de Renault pour les voitures électriques, c’est terminé sous peu. Ou du moins en partie. Selon Les Échos, le constructeur au losange a validé la production de trois SUV électriques dans son usine espagnole de Palencia dès 2028.

Renault acte la fin du made in France avec sa nouvelle stratégie

Le Scénic, qui est aujourd’hui produit à Douai dans le Nord, traversera les Pyrénées pour sa prochaine génération. L’Austral et le Rafale, déjà assemblés à Palencia en version thermique et hybride, auront aussi le droit à une déclinaison 100 % électrique sur ce même site.

Pour rappel, toutes les voitures électriques de Renault sortent actuellement des usines françaises. La R5, la Mégane, le Scénic, l’Alpine A290 et la Nissan Micra sont assemblées à Douai. La R4 est produite à Maubeuge. La seule exception, c’est la Twingo électrique qui sort de l’usine de Novo Mesto en Slovénie. Luca de Meo avait fait du made in France son argument stratégique après le départ de Carlos Ghosn, l’ancien patron qui avait envoyé la Clio se faire fabriquer en Turquie et le Captur en Espagne.

Sauf que voilà, la stratégie change. Ces trois modèles reposeront sur une nouvelle plateforme appelée AmpR Medium de deuxième génération, qui sera compatible avec une architecture 800 volts. Le 800 volts permet de réduire les temps de charge et la consommation d’énergie. La plateforme sera aussi compatible avec des prolongateurs d’autonomie, c’est-à-dire un petit moteur essence qui sert de générateur pour recharger la batterie en roulant.

Ces prolongateurs seront fournis par Horse, la coentreprise créée entre Renault et le chinois Geely. L’investissement pour cette nouvelle plateforme se chiffre à « plusieurs centaines de millions d’euros » selon la source des Échos.

Le programme est appelé C-EV en interne et vise la le début de la production pour la fin d’année 2027 ou début 2028. Le Scénic de deuxième génération sera le premier à sortir des chaînes de Palencia. L’Austral et le Rafale électriques suivront entre trois et six mois plus tard. En clair, l’usine espagnole sera le pôle de production des SUV électriques de taille moyenne et grande pour Renault qui ne peut plus vendre de Mégane et de Clio en Allemagne. Les modèles thermiques et hybrides déjà produits sur place continueront à sortir en parallèle pendant plusieurs années.

Une production espagnole pour réduire au maximum les coûts

Mais alors, pourquoi l’Espagne ? La réponse est simple : les coûts de production sont moins élevés qu’en France. La main-d’œuvre et l’énergie coûtent moins cher en Espagne qu’en France. Renault produit déjà l’Austral, l’Espace et le Rafale à Palencia, il est donc logique de regrouper tous les modèles des segments C et D au même endroit. À l’heure où les constructeurs chinois comme BYD cassent les prix en Europe, chaque euro économisé sur la production compte.

Forcément, cette décision ne plaît pas à tout le monde. Les syndicats français voient d’un mauvais œil le transfert du Scénic en Espagne. C’est un peu la fin d’une promesse. Mais Renault a des arguments pour rassurer. L’usine de Douai ne sera pas délaissée, bien au contraire. Le site nordiste va récupérer la production de l’Alpine A390, le crossover électrique sportif qui est pour le moment assemblé à Dieppe. L’usine historique d’Alpine doit se concentrer fin 2026 sur la nouvelle A110 électrique, il faut donc faire de la place. Douai accueillera l’A390 à la place du Scénic, ce qui maintiendra la charge de travail.

En parallèle, Renault a signé un accord avec Ford pour produire deux véhicules électriques sur ses sites français. Il s’agit de deux modèles abordables qui seront assemblés à Douai et Maubeuge. Ce contrat garantit du volume de production pour les usines françaises. Au total, pas moins de six modèles sont aujourd’hui produits sur les sites de Renault ElectriCity dans le Nord de la France.

Rappelons que ce n’est pas la première décision polémique de Renault sur la localisation de sa production. Le développement de la nouvelle Twingo en partie en Chine avait déjà fait grincer des dents. Renault a aussi noué un partenariat avec Geely pour produire les voitures du constructeur chinois dans son usine au Brésil. La firme au losange vise le million de ventes à l’international d’ici 2030 et ne cache plus sa volonté de répartir sa production à travers le monde.

Bref, Renault change de stratégie pour sa production de voitures électriques. Le made in France reste la règle pour les modèles compacts comme la R5, la R4 et la Mégane. Mais les SUV de taille moyenne et grande partiront en Espagne. Le site de Palencia fêtera d’ailleurs ses 50 ans en 2028, l’année où seront lancés les premiers modèles électriques sur ses chaînes. 

Renault doit s’adapter face à la pression européenne et chinoise

Il faut dire que le marché des voitures électriques en Europe met une pression énorme sur les constructeurs européens. Les normes CAFE imposent une réduction drastique des émissions de CO2 et les amendes pour les constructeurs qui ne respectent pas les objectifs sont colossales. En parallèle, BYD et les autres constructeurs chinois arrivent en Europe avec des voitures électriques moins chères et parfois mieux équipées. Renault n’a pas le choix : il faut réduire les coûts de production pour rester compétitif. Même l’ex-patron de Stellantis tire la sonnette d’alarme face à la fronde chinoise.

Désormais, la question est de savoir si les usines françaises de Renault pourront absorber la perte du Scénic. La sortie de l’Alpine A390, des deux modèles Ford et le succès de la R5 semblent suffisants pour maintenir le volume de production à Douai. Mais si les ventes de voitures électriques ne décollent pas comme prévu, la situation pourrait se compliquer.

En 2025, Renault a écoulé 2,336 millions de véhicules dans le monde, en hausse de 3,2 %. La croissance est portée par les marchés internationaux, mais pas par l’Europe où l’électrique a surpassé le thermique en 2025. Le constructeur au losange joue donc sur plusieurs tableaux à la fois.

  • Renault déplacerait en Espagne, à Palencia, la production électrique du Scénic, de l’Austral et du Rafale à partir de 2028.
  • Ces modèles reposeraient sur une AmpR Medium de deuxième génération en 800 volts, compatible prolongateur d’autonomie via Horse, avec un investissement annoncé à plusieurs centaines de millions d’euros.
  • Douai compenserait la sortie du Scénic en récupérant l’Alpine A390 et en produisant deux véhicules électriques Ford avec Maubeuge.

Source : Les Échos

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