Le rachat de SFR « ne va pas de soi ». Benoît Cœuré, président de l’Autorité de la concurrence, a prévenu Orange, Free et Bouygues Telecom dans un entretien accordé au Monde. La faute à un risque de hausse des prix pour les abonnés français et le souvenir d’une amende record de 534 millions d’euros.

- L’Autorité de la concurrence prévient que le rachat de SFR par Orange, Free et Bouygues Telecom « ne va pas de soi ».
- Le régulateur craint surtout une hausse des prix pour les abonnés avec le passage de quatre à trois opérateurs.
- Le dossier pourrait durer jusqu’à 18 mois et aucune finalisation n’est attendue avant le second semestre 2027.
Le 10 juin 2026, le gendarme français de la concurrence a donné son premier avis public sur l’opération. « L’opération de rachat de SFR par Bouygues Telecom, Free et Orange ne va pas de soi parce qu’il s’agit d’un rapprochement sur un marché déjà très concentré », explique Benoît Cœuré au quotidien.
Pourquoi le rachat de SFR est encore loin d’être acté
Pour rappel, le 6 juin 2026, les trois opérateurs ont signé un protocole d’accord avec Altice France pour un montant de 20,35 milliards d’euros. Le plan prévoit un démantèlement pur et simple, avec la répartition des abonnés SFR entre les trois acquéreurs.
Le président de l’Autorité de la concurrence nuance toutefois son propos. Un marché à trois opérateurs n’est pas forcément problématique. « Si nous avions déjà conclu que le passage de quatre à trois opérateurs sur le marché français était nécessairement anticoncurrentiel, nous l’aurions dit », précise le responsable.
La charge de la preuve repose sur le consortium. Orange, Free et Bouygues Telecom mettent en avant leur capacité à investir dans l’IA, la cybersécurité et les centres de données pour justifier l’offre commune à 20,3 milliards. Benoît Cœuré reste de marbre. « Ce n’est pas à nous d’essayer de deviner ce qu’ils ont en tête. »
Mais alors, pourquoi une telle prudence ? Il faut dire que le secteur traîne un lourd passé. En 2005, Orange, SFR et Bouygues Telecom ont écopé d’une amende de 534 millions d’euros pour entente illicite. Les trois opérateurs s’échangeaient des informations confidentielles sur leurs clients pour figer leurs parts de marché.
Est-ce que les prix vont augmenter avec le rachat de SFR ?
En 2012, Free a débarqué pour dynamiter les prix. Le régulateur redoute donc une « coordination renforcée » entre les trois acteurs encore en lice une fois SFR en dehors de la course. La question des tarifs sera au centre de l’examen. Benoît Cœuré juge « naturel » de s’interroger sur une hausse des prix avec le passage de quatre à trois opérateurs, sans trancher à ce stade.
Le message est limpide. « Il est impossible d’expliquer aux Français que l’on va encourager des opérations qui vont rendre plus difficile pour eux de boucler leurs fins de mois« , martèle le président de l’Autorité de la concurrence.
Sauf que voilà, avec un passage de quatre à trois acteurs, les prix monteront, c’est ainsi. Les opérateurs promettent le contraire après des négociations longtemps incertaines. Reste à le prouver.
Un calendrier qui n’est pas encore totalement fixé
Le calendrier reste flou. « Nous n’avons encore rien reçu et n’avons, à date, aucun détail sur ce projet », indique Benoît Cœuré. Chaque opérateur déposera d’abord une pré-notification auprès de l’autorité compétente. Bouygues Telecom et Orange se tourneront vers Paris. Iliad dépendra de Bruxelles puisque la maison mère de Free pèse lourd en dehors de France.
Les groupes préfèrent un traitement du dossier dans l’Hexagone. Quelle que soit l’institution retenue, l’Autorité de la concurrence et la Commission européenne travailleront ensemble. On parle d’une instruction approfondie qui atteindra jusqu’à 18 mois.
Avant le second semestre 2027, aucune finalisation n’est attendue et rien ne change pour les abonnés à court terme. L’incertitude pèse en revanche sur le sort des 8 000 salariés de l’opérateur au carré rouge, suspendus aux décisions des autorités. L’accord du 6 juin n’était donc que le coup d’envoi d’un très long feuilleton.
Source : Le Monde
Réagissez à cet article !