Le K-278 Komsomolets repose à 1 680 mètres de fond dans la mer de Norvège depuis avril 1989. Ce sous-marin nucléaire d’attaque soviétique a coulé après un incendie à bord. L’engin libère des produits hautement radioactif dans l’eau depuis des décennies.

Sur les 69 membres d’équipage, 42 sont morts. Les 27 survivants ont atteint la surface de justesse. Le navire a emporté avec lui un réacteur nucléaire et deux torpilles à ogives nucléaires. Il se trouve à environ 180 km de l’île aux Ours, au large des côtes norvégiennes.
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Des déchets radioactifs menacent de contaminer l’eau
Une étude publiée le 23 mars 2026 dans la revue PNAS confirme que le réacteur du Komsomolets fuit toujours. On parle de de matières radioactives qui s’échappent de la coque. Justin Gwynn est radioécologiste marin de l’Autorité norvégienne de sûreté radiologique et nucléaire. C’est lui qui a dirigé les recherches. Son équipe a utilisé un robot sous-marin appelé Ægir 6000 pour collecter des données en 2019. Cet engin est capable de descendre à 6 000 mètres de profondeur.
Les caméras de l’Ægir 6000 ont filmé des produits radioactifs qui sortent d’un tuyau de ventilation et de la zone du compartiment réacteur. Résultat, les prélèvements à proximité de l’épave montrent des niveaux de strontium 400 000 fois supérieurs à la normale. Pour le césium, c’est 800 000 fois plus.
On parle aussi d’isotopes d’uranium et de plutonium dans les échantillons. Le ratio entre ces deux éléments prouve que le cœur du réacteur se corrode. En clair, l’eau de mer a pénétré jusqu’au combustible nucléaire. Alors que le réchauffement climatique menace d’engloutir les villes, c’est une menace en plus qui pèse sur notre Terre.
La situation n’est pas une surprise totale. La Norvège surveille l’épave depuis les années 1990. Les premières inspections avaient montré que la coque était sérieusement endommagée. L’eau de mer était en contact avec les torpilles nucléaires. En 1994, une opération russo-norvégienne a colmaté le compartiment torpilles avec des bouchons en titane.
L’objectif était d’empêcher toute fuite de plutonium militaire. Ce plutonium est un matériau enrichi conçu pour les armes nucléaires. Une fuite dans les eaux internationales serait catastrophique. N’importe qui pourrait le récupérer.
Pour le moment, la fuite est contenue grâce aux réparations
La bonne nouvelle, c’est que les réparations de 1994 tiennent toujours. Et les autorités n’ont pas trouvé de plutonium militaire dans les sédiments ou dans l’eau autour de l’épave. Ce qui est une bonne surprise, 32 ans après l’intervention. Les torpilles restent confinées.
Sauf que voilà, ce n’est pas la même situation pour le réacteur. Les fuites ne sont pas continues. Elles se produisent par bouffées, de manière irrégulière. Les chercheurs ne savent pas pourquoi les émissions sont intermittentes. « Nous avons été très surpris de voir quelque chose s’échapper du tuyau de ventilation », a expliqué Justin Gwynn. C’est là que les expéditions russes ont détecté des rejets par le passé. La question est de savoir si la corrosion s’accélère ou si elle reste stable.
Et puis il y a la faune. Les éponges, les coraux, les anémones et les coquillages qui ont colonisé l’épave montrent des taux de césium plus élevés que la normale. C’était prévisible puisqu’ils vivent directement sur la source de contamination. Mais les chercheurs n’ont pas constaté de déformation ou d’anomalie. Les sédiments ne montrent pas de contamination significative. En profondeur, les eaux sont si froides qu’elles dispersent les produits radioactifs avant qu’ils s’accumulent dans la chaîne alimentaire. Résultat, le danger reste très localisé.
Le Komsomolets est un sous-marin en avance sur son temps
Pour rappel, le Komsomolets était un sous-marin d’exception. Sa coque en titane lui permettait de plonger au-delà de 1 000 mètres. C’est bien plus profond que la plupart des sous-marins de l’époque. L’incendie qui l’a détruit a démarré dans le compartiment machines. Le feu s’est propagé rapidement à cause d’une fuite d’air comprimé dans un tuyau de ballast fissuré. La plupart des marins qui n’ont pas survécu sont morts d’hypothermie dans les eaux glaciales.

Moscou avait conclu dans les années 1990 que remonter le Komsomolets serait trop cher et trop risqué. Toute opération de renflouage risquerait de libérer des matières radioactives dans la colonne d’eau et dans l’atmosphère. Le sous-marin va donc rester au fond. Et plus le temps passe, plus la corrosion grignote la structure.
« Il est essentiel de poursuivre la surveillance pour comprendre les processus de corrosion et anticiper de futurs rejets », écrivent les auteurs de l’étude. Le Komsomolets est un cas unique pour comprendre ce qui se passe quand un réacteur nucléaire reste au fond de l’océan sur le long terme. C’est une énième leçon sur les dangers du nucléaire comme arme, contrairement à d’autres utilisations comme celle de la NASA.
Bref, 36 ans après le naufrage, le sous-marin fuit toujours. Pour l’instant, la mer digère ses déchets sans catastrophe visible. Mais personne ne peut prédire combien de temps ça va durer.
- Une étude publiée le 23 mars 2026 dans PNAS confirme que le réacteur du K-278 Komsomolets fuit toujours à 1 680 mètres de fond dans la mer de Norvège.
- Les chercheurs ont mesuré près de l’épave des niveaux de strontium 400 000 fois supérieurs à la normale et de césium 800 000 fois plus élevés.
- Les torpilles nucléaires restent confinées, mais le réacteur continue de libérer des matières radioactives de façon intermittente.
Source : PNAS
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