C’est une petite bombe dans le monde de l’informatique publique. Tomasz Blanc, le patron des systèmes d’information (SI) de la DGFiP, a évoqué une possible migration vers Linux. Le responsable s’est exprimé dans une interview pour IT for Business.

La Direction Générale des Finances Publiques gère l’un des systèmes informatiques les plus stratégiques du pays. On parle de près de 800 applications, de 5 000 agents. Mais aussi de tout ce qui touche à l’impôt sur le revenu, au prélèvement à la source, etc. Autant dire que le sujet est sensible.
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Fini Windows ? Le fisc envisage de migrer vers Linux
Il faut dire que la dépendance de l’État français à Microsoft pose un problème qu’on ne peut plus ignorer pour notre souveraineté et notre sécurité. Chaque nouvelle version de Windows rend une partie du parc informatique obsolète. La fin du support de Windows 10 en octobre 2025 en est la preuve.
Des millions de PC ont étédéclarés incompatibles avec Windows 11 par Microsoft. La firme de Redmond a même recommandé aux utilisateurs de recycler leurs PC. Pour les administrations publiques qui gèrent des dizaines de milliers de postes, la facture est colossale.
Tomasz Blanc est très clair dans ses propos. « Nous réfléchissons à des postes Linux, parce qu’ils permettent d’aller plus loin en écoresponsabilité et en souveraineté », a-t-il déclaré. Le responsable pointe un argument de poids. La DGFiP souhaite que la durée de vie de ses postes s’étendent jusqu’à six à sept ans. Linux le permet, ce n’est pas le cas de Windows.
« À chaque nouvelle version, une partie du parc devient obsolète », résume le patron du SI. C’est exactement ce que les utilisateurs ont vécu avec le passage forcé de Windows 10 à Windows 11 et les exigences du module TPM 2.0. Rappelons que Microsoft n’a pas hésité à bloquer ses propres applications Microsoft 365 sur Windows 10 pour forcer la migration.
Sauf que voilà, la DGFiP n’est pas n’importe quelle administration. Le système informatique du fisc est un mastodonte. Tomasz Blanc est diplômé de Polytechnique, de Télécom Paris et docteur de l’Inria. Le responsable connaît son sujet. Il explique que la DGFiP a accumulé une « dette technique » suite à des décennies de sous-investissements.
La DGFiP a déjà une culture du logiciel libre
Le SI a plus de quarante ans d’existence. Depuis la fusion DGI-DGCP en 2008, les chantiers se sont enchaînés. Le prélèvement à la source, la dématérialisation des démarches fiscales, la montée en puissance du cloud souverain Nubo. « L’usine tourne à plein régime », selon Tomasz Blanc.
Et pour cause, la DGFiP a un atout majeur. Ses postes de travail sont déjà très peu connectés à l’écosystème Microsoft en dehors de Windows. La direction n’utilise pas Microsoft Office ou Active Directory. Les nouveaux projets sont lancés par défaut sur le cloud Nubo et sur une pile entièrement libre. On parle de Linux, de PostgreSQL et de Tomcat.

« Les solutions propriétaires ne viennent qu’en exception, lorsque les équipes justifient la nécessité », précise Tomasz Blanc. Bref, la culture du logiciel libre est déjà très ancrée au sein de la DGFiP. La transition vers des postes Linux ne partirait pas de zéro.
Le modèle existe d’ailleurs en France. La Gendarmerie nationale a migré vers GendBuntu dès 2008. Cette distribution Linux dérivée d’Ubuntu équipe plus de 73 000 postes de travail. La gendarmerie a prouvé qu’une administration régalienne peut se passer de Windows.
L’opération a permis des économies énormes et une plus grande indépendance vis-à-vis de Microsoft. Le retour d’expérience est positif après plus de 17 ans d’existence. La DGFiP pourrait suivre le même chemin. Pourtant, la migration reste au stade de la réflexion pour le moment. Tomasz Blanc n’a pas donné de calendrier. La prudence se comprend vu l’ampleur du parc informatique et la sensibilité des données traitées.
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La France cherche à réduire son indépendance aux États-Unis
La souveraineté numérique revient aussi dans la balance. L’État français propose déjà La Suite Numérique à ses agents. Cette solution repose sur du logiciel libre et remplace des outils étasuniens comme Google Docs ou Google Meet. Microsoft Azure et Google Cloud détiennent près de 70 % du marché européen du cloud.
Le Cloud Act étasunien permet aux autorités d’accéder aux données stockées par ces entreprises, même en Europe. La DGFiP gère les données fiscales de dizaines de millions de Français. La question de la souveraineté n’est pas anodine.
Le timing de cette déclaration tombe bien. Linux ne cesse de progresser en France. Le système d’exploitation a franchi la barre des 5 % de parts de marché sur PC en janvier 2026. La fin du support de Windows 10 pousse des millions d’utilisateurs vers des alternatives.
Microsoft en a d’ailleurs pris conscience et prépare une refonte du gaming sur Windows 11 pour répondre à la montée de Linux et SteamOS. Car c’est indéniable, le vent tourne. Linux pourrait se faire une large place dans l’administration française pour s’écarter de la dépendance aux États-Unis.
- La DGFiP réfléchit à une migration de ses postes de travail vers Linux, selon Tomasz Blanc dans IT for Business.
- L’objectif affiché est d’étendre la durée de vie des postes à six à sept ans.
- Tomasz Blanc cite la fin du support de Windows 10 en octobre 2025 comme exemple de l’obsolescence imposée par les nouvelles versions de Windows.
Source : IT for Business
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