Votre facture d’électricité va baisser grâce à EDF et ses nouveaux réacteurs nucléaires

C’est à la mi-décembre qu’EDF a dévoilé le montant provisionnel de son programme de construction de six réacteurs nucléaires EPR2, d’environ 83 milliards d’euros, soit 72,8 milliards d’euros avant l’inflation. Le chiffre a été présenté au Conseil d’administration le 18 décembre 2025 et représente une hausse de 40 % par rapport à l’estimation de base de 51,7 milliards d’euros de 2022. Mais quid des promesses que pourront faire les Français avec ces constructions ? On vous explique tout.

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Entre 1970 et 1990, la France a bâti 58 réacteurs nucléaires pour un coût total d’environ 65 milliards d’euros actuels. Pour y parvenir, l’Hexagone a utilisé des modèles standardisés, des équipes qui enchaînaient les chantiers sans interruption, et un apprentissage au fur et à mesure qui réduisait les coûts à chaque nouvelle construction. Le principe était simple : plus on bâtit d’unités identiques, moins chaque réacteur supplémentaire coûte cher.

EDF va bâtir six réacteurs nucléaires EPR2 encore plus rapidement

EDF compte reproduire cette stratégie avec les EPR2 qui ont d’énormes ambitions. La deuxième tranche de Penly coûtera 20 % à 30 % moins chère que la première. Entre le premier réacteur et le dernier, EDF table sur une baisse totale des coûts de près de 30 % avec une économie de 32 mois sur les délais de construction.

Le programme se base sur une architecture particulière : six réacteurs bâtis par paires sur trois sites distincts. Penly accueillera les deux premiers, puis ce sera Gravelines pour la deuxième et Bugey pour la troisième. Le but est de mutualiser les infrastructures au sein de chaque site, depuis les travaux de terrassement jusqu’aux installations de support. D’après les calculs d’EDF, cette mutualisation permettra une économie d’environ 15 % sur le coût du second réacteur de chaque paire.

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Les deux EPR de Taishan en Chine ont montré les bénéfices de cette stratégie. Le rapport Folz qui a été commandé par EDF en 2019 montrait bien que la construction en même temps de deux tranches sur un même site fut un véritable atout pour le chantier chinois.

L’autre levier, c’est la réduction des durées des chantiers. Chaque mois économisé diminue les frais financiers intercalaires des intérêts qui courent pendant la construction et représentent souvent des sommes énormes pour un projet de cette envergure. EDF a revu ses ambitions à la baisse. Le premier EPR de Penly sera construit à moins de 90 mois contre 96 au début. À terme, l’objectif est de descendre à 70 mois pour les réacteurs, un délai qui se rapprocherait des performances des chantiers chinois récents.

EDF s’est tourné vers l’expérience chinoise. Les équipes françaises détachées sur le site de Taishan ont observé comment lancer les travaux d’électrotechnique une vingtaine de mois après le premier béton nucléaire. Il s’agit d’une durée de séquençage bien plus rapide que ce qui se pratique jusqu’alors en Europe.

Les EPR2 pourront être bâtis de plus en plus rapidement

Le retour d’expérience d’autres chantiers EPR montre donc que la productivité est accrue. Entre le premier réacteur finlandais d’Olkiluoto et les EPR chinois de Taishan, les heures d’ingénierie à la chaudière nucléaire ont chuté de 60 %. Les délais d’approvisionnement des composants critiques ont diminué de 40 % en moyenne. Des progrès qui s’expliquent par l’effet d’apprentissage. Les équipes deviennent plus efficaces au fur et à mesure qu’elles répètent les mêmes opérations. Idem pour les fournisseurs qui optimisent leur processus. Les problèmes techniques repérés sur les premiers chantiers sont anticipés dès les suivants.

Mais alors, ces promesses d’économie toucheront-elles les particuliers ? Le mécanisme pour les EPR2 n’est pas le même que celui qui régit le parc nucléaire historique. Pour la production actuelle, un nouveau cadre remplacera l’ARENH à partir de 2026 avec un prix de référence fixé à 70 euros par MWh sur 15 ans. Pour les EPR2, un contrat pour différence sur 40 ans garantira un prix plafond de 100 euros par MWh.

Xavier Gruse, directeur exécutif d’EDF en charge du nouveau nucléaire, a indiqué à la présentation du devis que les équipes visent un coût de production de 70 euros par MWh. Mais il reconnaît que les calculs actuels ne permettent pas encore de s’engager ferme à propos de ce chiffre. Pour atteindre cet objectif, EDF estime qu’il faudra construire au moins 14 réacteurs EPR2 par paire, soit davantage que les six déjà au programme.

Il faut toutefois rappeler que l’EPR de Flamanville, premier du genre en France, a accumulé 12 années de retard. Son coût est aussi passé de 3,3 à 3,7 milliards d’euros, une véritable explosion. Les deux EPR de Taishan ont été achevés plus rapidement mais ont tout de même subi 5 ans de retard sur le calendrier prévu, un dépassement de 60 % du budget. Au Royaume-Uni, c’est Hinkley Point C qui vit des déboires. Le projet a été chiffré à 26 milliards de livres, et atteint désormais 31 à 34 milliards. La mise en service est même repoussée à 2029 au mieux.

Le rapport Folz pointe du doigt la perte de compétences de la filière nucléaire française après une quinzaine d’années sans nouveau chantier entre Civeaux et Flamanville. La construction de centrales nucléaires a constamment lieu en Chine depuis une vingtaine d’années, ce qui explique qu’il y a beaucoup de compétences disponibles, notamment des soudeurs qualifiés.

EDF rassure sur les échecs passés qui suscitent l’inquiétude

Mais EDF affirme avoir tiré les leçons de ses échecs. Le devis de 72,8 milliards intègre des provisions pour risques plus importantes que dans les estimations précédentes. C’est donc une reconnaissance explicite des aléas de ce type de projet d’envergure. Bernard Fontana, président-directeur général du groupe, a déclaré que ce dossier montre l’engagement des équipes à maîtriser les délais et les coûts. Pour lui, cette dynamique marque une inflexion significative dans la trajectoire du nouveau nucléaire en Europe.

Le programme fera l’objet d’un audit par la délégation interministérielle au nouveau nucléaire lors du premier trimestre 2026. La décision finale d’investissement est attendue pour la fin de l’année prochaine. Le financement reposera sur un prêt à taux bonifié de l’État qui couvrira environ 60 % des coûts de construction, un contrat pour différence sur 40 ans et un mécanisme de partage des risques entre le gouvernement et EDF.

Ce dispositif a été notifié à la Commission européenne le 19 novembre 2025 et s’inspire du modèle mis en place pour la centrale tchèque de Ducovany. La mise en service du premier réacteur de Penly est programmée pour 2038 avec une durée de 12 à 18 mois entre chaque unité suivante. Un calendrier à long terme qui correspond à la réalité industrielle de grands projets nucléaires.

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Mais se pose la question de la compétitivité de cette électricité dans le paysage énergétique de 2040 à 2050. Les énergies renouvelables poursuivent leur progression, leurs coûts baissent toujours plus et les technologies de stockage se perfectionnent. Le solaire et l’éolien affichent aujourd’hui des prix de contrats pour différence entre 45 et 90 euros par mégawatt-heure. C’est une fourchette inférieure au plafond des 100 euros prévus par les EPR2.

Pour autant, la comparaison directe reste délicate. Le nucléaire fournit une électricité pilotable disponible à la demande indépendamment des conditions météorologiques. Sa valeur est donc supérieure.

La France a perdu trop de terrain dans le domaine du nucléaire

Les six EPR2 représenteront une puissance de 10 gigawatts supplémentaires, soit l’équivalent de la consommation de plusieurs millions de foyers. Dans un contexte de demande croissante, face à l’électrification de la mobilité, au développement des centres de données, à la décarbonation de l’industrie, cette capacité pourrait être précieuse.

Le programme EPR2 est un pari industriel majeur pour EDF et pour la France. Les économies d’échelle promises ne sont pas un fantasme. Les performances des années 1970 et les progrès des chantiers chinois en attestent. Reste à savoir si le fournisseur d’électricité français transformera ses promesses en réalité. L’enjeu dépasse la seule facture d’électricité des ménages. Il s’agit pour la France de garder un avantage compétitif face à ses voisins européens.

  • EDF chiffre désormais le programme de 6 EPR2 à ~83 milliards d’euros (72,8 milliards hors inflation), soit +40 % par rapport à l’estimation 2022.
  • EDF promet des économies via la construction par paires sur 3 sites (mutualisation) et l’effet d’apprentissage, avec un objectif de baisse de coût d’environ 30 % entre le 1er et le 6e réacteur.
  • Pour les particuliers, rien n’est garanti : les EPR2 reposeraient sur un contrat pour différence sur 40 ans avec un plafond à 100 euros/MWh, et le coût final dépendra des dérives (exemples Flamanville, Hinkley) et du financement public.

Source : EDF

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