Selon une information révélée le mardi 14 octobre, SFR pourrait être acheté à hauteur de 17 milliards d’euros par Orange, Bouygues Telecom et Free. Les trois opérateurs envisagent de se partager leur concurrent au Carré Rouge.

Sauf que voilà, des inquiétudes naissent à propos des nouvelles tarifications de la téléphonie et d’internet en France. Et pour cause : la vente de SFR réduirait le nombre d’acteurs sur le marché et beaucoup d’abonnés, et les abonnés se retrouveraient donc avec bien moins de choix. Le passé nous a déjà montré que les opérateurs n’hésitent pas à se servir de ce genre de situation pour augmenter les tarifs.
La vente de SFR pourrait faire exploser le prix des forfaits
Ce fut le cas entre 2000 et 2002 lorsque Orange, Bouygues Telecom et SFR étaient les seules entreprises à se partager le secteur de la téléphonie mobile. Les entreprises s’échangeaient même des informations pour maintenir les tarifs à des niveaux très élevés, sans aucune justification. C’est le 1er décembre 2005 que le Conseil de la concurrence, depuis devenu Autorité de la concurrence, a révélé ces pratiques et infligé une sanction record de 534 millions d’euros. L’affaire avait même poussé certains à encourager à ce qu’un quatrième acteur rejoigne la course pour éviter ce genre de situation.
Depuis que Free est arrivé sur le marché en 2012 sous la direction de Xavier Niel, les prix ont beaucoup bougé. Stéphane Beyazian, analyste chez Oddo BHF, dévoile que pour une offre identique, les prix mobiles ont chuté de 90 % en France, sur les lignes fixes, c’est 30 % sur la même période. La dynamique de baisse tarifaire s’est même poursuivie récemment.

Le baromètre Ariase montre qu’entre janvier 2024 et octobre 2025, le coût moyen d’un abonnement avec au minimum 20 Go de données est passé de 17,30 euros à 12,76 euros. Des offres atteignent même des niveaux très bas, comme chez RED, la filiale low-cost de SFR, avec une offre similaire à partir de 7,41 euros.
Bien évidemment, face à la peur de l’augmentation des tarifs qui n’est pas nouvelle, les trois opérateurs tentent de rassurer. Dans leur déclaration commune du mardi 14 octobre, Orange, Bouygues Telecom et Free partagent leur envie de « préserver un écosystème concurrentiel au bénéfice des consommateurs ». Selon eux, la situation leur permettra d’investir bien plus dans la sécurité des infrastructures, la protection contre les cybermenaces, mais aussi dans les technologies qui émergent comme l’IA.
La peur d’un monopole entre trois opérateurs majeurs
Les capacités financières ne sont pourtant pas un problème, puisque selon la Fédération française des télécoms, les dépenses d’équipements représentaient 20 % du chiffre d’affaires en 2023. Les opérateurs maintiennent des marges entre 26 et 40 % en 2024, et déploient toujours plus la fibre optique. La France s’impose comme un leader dans le domaine, avec une couverture qui dépasse neuf foyers sur dix.
Les autorités surveillent donc de très près cette opération qui risque de tout changer en France. Marc Ferracci, ministre de l’Industrie des gouvernements Barnier et Bayrou, a déclaré au début de l’été qu’il restait vigilant sur la « protection des consommateurs » lors d’un entretien le 7 juillet sur BFM Business. Des discussions avaient déjà lieu à propos d’un possible rachat.
Benoît Cœuré, président de l’Autorité de la concurrence en France, a expliqué lors d’une conférence de presse en juillet que « le pouvoir d’achat reste une priorité ». La Commission européenne montre aussi des réticences lorsque l’on parle d’opérations qui réduisent le nombre de possibilités en termes de télécommunications pour les consommateurs. Bref, passer de quatre opérateurs à trois est donc un enjeu majeur qui pourrait mettre un sérieux coup de frein à la baisse des prix qui a lieu depuis plus d’une décennie.
- La vente de SFR à 17 milliards d’euros par Orange, Bouygues Telecom et Free ferait passer le marché à trois opérateurs, avec un risque évident de hausse des prix.
- Le précédent 2000-2002, sanctionné 534 millions d’euros en 2005, montre qu’une forte concentration peut mener à des ententes, malgré les baisses obtenues depuis 2012 avec l’arrivée de Free.
- L’Autorité de la concurrence et la Commission européenne surveillent de près, et l’issue dira si la dynamique de baisse des prix se maintient ou s’inverse.
Réagissez à cet article !