Pénurie de processeurs : après la RAM, l’IA provoque une nouvelle crise

Les barrettes de RAM ne sont plus les seules touchées par une crise. Intel et AMD font face à une pénurie de processeurs serveurs. Le grand public commence à être touchés. Les délais de livraison s’allongent de plusieurs semaines et devinez quoi ? C’est encore l’IA qui en est responsable.

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Intel Core Ultra IA processeur
© Unsplash

Pour rappel, la crise de la RAM frappe l’industrie depuis la fin d’année 2025. On parle de hausses de 105 % à 110 % sur un seul trimestre. Sauf que voilà, le problème s’étend aux processeurs. Intel a prévenu ses clients chinois que les délais de livraison de certains Xeon atteignent six mois. Chez AMD, on parle de huit à dix semaines. Les prix des processeurs serveurs en Chine ont bondi de plus de 10 %.

L’IA engloutit les stocks de processeurs d’Intel et AMD

David Zinsner, directeur financier d’Intel, admet que la demande a surpris tout le monde. Au début, les grands clients cloud voulaient des processeurs plus puissants, mais pas en plus grande quantité. La demande en volume a explosé au second semestre 2025. Intel tourne « à flux tendu » et livre les processeurs dès qu’ils sortent de la chaîne. Le premier trimestre 2026 sera « le plus difficile » pour répondre à la demande. Les stocks seront au plus bas.

Mais alors pourquoi les processeurs manquent-ils ? En gros, l’IA agentique change la donne. Jusqu’ici, ChatGPT ou Gemini confiaient environ 90 % de leurs calculs à la carte graphique. Pourtant, les IA de nouvelle génération gèrent plusieurs tâches en même temps. Elles consultent des bases de données, vérifient les résultats, exécutent des opérations en parallèle. Ces tâches-là, c’est le processeur qui s’en occupe. Lisa Su, PDG d’AMD, l’a confirmé. « Les agents IA renvoient le travail vers des tâches CPU. » Elle prévoit une croissance « à deux chiffres » du marché serveurs en 2026.

Le deal entre Amazon Web Service et OpenAI signé en novembre 2025 en dit long. On parle de 38 milliards de dollars sur sept ans. Le communiqué mentionne « des centaines de milliers de GPU Nvidia » mais aussi « des dizaines de millions de CPU » pour les tâches agentiques. Tout le monde a retenu le chiffre des GPU. Pourtant, celui des CPU est à prendre en compte.

Les constructeurs de processeurs ont été pris au dépourvu

Sauf que voilà, Intel et AMD n’ont pas anticipé ce virage. Intel fabrique ses propres puces, mais ses rendements ne suivent pas. Le constructeur redirige ses capacités des PC grand public vers les serveurs. Résultat, les PC d’entrée de gamme passent à la trappe. AMD ne fabrique rien. Le constructeur dépend entièrement de TSMC à Taïwan. Sauf que le fondeur taïwanais priorise les puces IA et les GPU. Son président a reconnu que TSMC ne produit qu’un tiers de ce que ses plus gros clients demandent.

Et les conséquences vont au-delà des serveurs. La pénurie de RAM a déjà fait exploser les prix des PC portables avec des hausses de 15 % à 30 %. HP estime que les coûts mémoire ont doublé en un trimestre et représentent 35 % du coût total d’un PC. Si les processeurs manquent aussi, les prix grimperont encore. Lenovo, HP et Dell envisagent des reports de produits.

Les consoles sont aussi impactées par cette crise

Et puis n’oublions pas les consoles. Valve n’arrive toujours pas à fixer un prix pour sa Steam Machine à cause de la flambée des composants. La PS6 pourrait être repoussée à 2028 voire 2029. Bref, ça sent mauvais pour les gamers et les nouvelles générations de console.

Et ce n’est pas près de s’améliorer puisque construire une nouvelle ligne de production prend trois à cinq ans. TSMC aura de nouvelles capacités en 2nm, mais elles seront en priorité pour les puces IA. L’usine TSMC en Arizona et l’expansion d’Intel sur le sol étasunien ne produiront pas avant 2027 au mieux.

La pénurie de RAM pourrait durer jusqu’en 2030 et rien ne laisse penser que les processeurs seront épargnés. En gros, l’IA engloutit tout. La RAM, le stockage et les processeurs. Quand il faut choisir entre un centre de données et un PC portable, ce sont les particuliers qui passent en dernier. Pour ceux qui comptaient se monter un PC cette année, mieux vaut garder son setup. Sinon, il faudra se tourner vers des composants d’ancienne génération.

  • Intel et AMD subissent une pénurie de processeurs serveurs, avec des délais qui s’allongent et des prix qui montent, tirés par la demande IA.
  • Intel évoque jusqu’à six mois d’attente sur certains Xeon, AMD parle de huit à dix semaines, et les prix en Chine auraient déjà pris plus de 10 %.
  • Le virage vient des IA agentiques qui déplacent une partie de la charge vers le processeur, ce qui finit par menacer aussi le marché grand public.

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