L’entreprise biotechnologique étatsunienne Atlas Data Storage a dévoilé Atlas Eon 100. Il s’agit d’un système de stockage pour conserver les données grâce à de l’ADN synthétique déshydraté enfermé dans de minuscules capsules d’acier.

On parle d’une durée de vie de plusieurs millénaires pour cette technologie dévoilée lors de la conférence Association of Moving Image Archivists à Baltimore. Son créateur présente ce produit comme la première offre commerciale de stockage sur ADN extensible dans le monde.
Un stockage ADN en poudre pour enregistrer tous ses fichiers
Le principe repose sur une transposition du langage informatique vers le langage du vivant. Les ordinateurs manipulent des séquences de 0 et de 1 alors que l’ADN utilise 4 bases chimiques A, C, G et T pour adénine, cytosine, guanine et thymine.
La technologie conçue par Atlas Data Storage traduit le code binaire en séquences génétiques synthétiques qui sont ensuite fabriquées chimiquement, déshydratées, stockées sous forme de poudre dans des tubes d’acier renforcés d’environ 1,8 cm de hauteur. Pour récupérer les données, il suffit de réhydrater la substance puis la soumettre à un séquenceur qui décode les bases pour reconstituer l’information binaire de base.
Bill Banyai, fondateur d’Atlas Data Storage, a déclaré : « Notre entreprise est fière d’être la seule au monde à proposer des produits de stockage basés sur l’ADN à grande échelle. C’est le fruit d’un travail d’une décennie de conception et d’innovation dans plusieurs domaines. Nous souhaitons proposer ces solutions pour un archivage dans la durée, conserver les données pour les modèles d’IA, mais aussi sauvegarder le patrimoine et les contenus importants. »

Un litre de solution d’ADN synthétique peut contenir 60 pétaoctets de données, soit l’équivalent de 10 milliards de musiques, 12 millions de films en haute définition et 660 000 films en 4K. Pour atteindre une capacité équivalente avec le standard actuel de bande magnétique LTO-10, il faudrait dérouler environ 25 000 km de rubans de 12,7 mm de large. Atlas Data Storage revendique une densité mille fois supérieure au support magnétique traditionnel, avec un taux de fiabilité de 99,99999999999 %.
La durabilité est aussi l’un des autres arguments de cette technologie. Un disque dur classique tombe en panne après 7 à 10 ans en moyenne à cause de l’usure mécanique de ses composants. Les bandes magnétiques demandent un rafraîchissement tous les 7 à 10 ans et exigent des conditions de température et d’humidité très strictes pour éviter la dégradation. Un DVD peut tenir une trentaine d’années dans des conditions optimales mais reste sensible à l’humidité et la lumière.
Les capsules Atlas Eon 100 promettent une conservation de plusieurs siècles, plusieurs millénaires, sans migration ni rafraîchissement. On parle aussi d’une résistance à des températures jusqu’à 40 degrés. Les scientifiques ont réussi à extraire et séquencer de l’ADN qui provient d’ossements vieux de plusieurs milliers d’années découverts sur des sites archéologiques, la preuve de la stabilité incroyable de cette molécule dans le temps. Autre avantage, les capsules résistent aux impulsions électromagnétiques, ce qui les protège en cas de catastrophe susceptible de détruire les infrastructures électroniques.
À quoi peut servir le stockage sur ADN ?
Mais alors à quoi servira ce produit ? Pour les particuliers comme nous, il sera possible de garder énormément de contenus multimédia, de documents, d’œuvres d’art numériques ou encore de messages pour nos descendants. Les musées, gouvernements, institutions culturelles pourraient archiver des numérisations haute fidélité d’artefacts, des témoignages oraux de langues en voie de disparition ou des archives nationales.
Les entreprises utiliseraient cette technologie pour stocker les historiques de leurs produits, leurs registres, leurs logiciels et autres données pour les modèles IA. Quant aux instituts de recherche, il leur serait possible de garder les données climatiques, les images scientifiques ou les ensembles de données en biosciences. Les institutions religieuses et gardiens du patrimoine culturel auraient aussi la possibilité de passer par cette technologie pour les numérisations architecturales, les œuvres d’art et archives institutionnelles qui seraient alors stockées pendant des siècles.

Toutefois, il y a des obstacles. Le processus de synthèse de l’ADN encodé est très long par rapport à la sauvegarde sur un disque dur classique. Le délai de production est entre 2 et 8 jours ouvrés pour les commandes d’oligonucléotides. Il faut compter jusqu’à une semaine pour encoder des informations sur de l’ADN. Une étude récente nous explique qu’il faut environ 25 minutes pour récupérer un seul fichier stocké de cette manière.
Le coût est également énorme. Le séquençage, c’est-à-dire la lecture de données, revient actuellement à environ 30 dollars pour un gigabase d’ADN sur l’équivalent de 250 gigaoctets. On parle donc de factures qui pourraient s’élever en dizaines voire centaines de dollars. Le coût de stockage sur disque dur ou bande magnétique est bien plus accessible financièrement.
La technologie d’Atlas Data Storage ne convainc pas tout le monde
Il y a aussi des sceptiques comme Thomas Heinis, professeur d’informatique à l’Imperial College de Londres et spécialiste du stockage sur ADN. L’expert se montre très sceptique par rapport à la technologie d’Atlas Data Storage.

Selon lui, il n’y a pas de données concrètes publiées par l’entreprise à propos des performances de sa technologie : « On peut trouver ça banal, mais si le coût d’écriture et de synthèse n’est pas compétitif, ça ne sert à rien de lire et de séquencer efficacement. Il n’est pas possible de lire pas cher ce qu’on n’a pas les moyens d’écrire. Pour le moment, la synthèse est bien trop chère. Et le séquençage se rapproche des prix de la bande magnétique mais reste plus coûteux. Je crois énormément au stockage sur ADN et il reste de gros progrès à faire. Pour le moment, je n’ai vu personne proposer une technologie qui est viable économiquement. »
La DNA Data Storage Alliance estime qu’une adoption massive du stockage sur ADN pour l’archivage de données à grande échelle ne sera pas possible avant 3 à 5 ans. D’autres acteurs du secteur tablent sur une disponibilité des cartouches de stockage ADN aux alentours de 2030.
- Atlas Data Storage a présenté Atlas Eon 100, un stockage d’archives sur ADN synthétique déshydraté scellé dans de petites capsules d’acier, avec une promesse de conservation sur des millénaires.
- Le système convertit les 0 et 1 en séquences A, C, G et T, puis relit les données en réhydratant l’ADN et en le passant dans un séquenceur.
- Les freins restent majeurs, écriture et récupération lentes et coûteuses, viabilité économique contestée, avec une disponibilité massive plutôt attendue vers 2030.
Source : PR Newswire
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