D’immenses cités amazoniennes vieilles de 2500 ans découvertes par la cartographie laser

Pendant longtemps, les archéologues ont considéré l’Amazonie ancienne comme une région inhospitalière avec peu de chasseurs-cueilleurs nomades. Mais la découverte de gigantesques ouvrages en terre, de pyramides et de routes de la Bolivie au Brésil, ces vingt dernières années, a prouvé le contraire. Aujourd’hui, une nouvelle découverte dévoile la plus ancienne société de la région.

Cités amazoniennes
© Stéphen Rostain
  • En Équateur, la technologie LiDAR a révélé un réseau de cités interconnectées dans la vallée Upano, datant de 2 500 ans, soit 1 000 ans de plus que les autres sociétés amazoniennes complexes
  • Les fouilles ont mis en évidence des monticules, des poteries décorées, et des jarres contenant de la chicha, avec des villes entourées de champs et reliées par des routes anciennes
  • Ces découvertes rivalisent avec d’autres civilisations anciennes, bien que des questions subsistent sur l’organisation et la population de ces cités précolombiennes

Il s’agit d’un dense réseau de cités interconnectées sous la forêt de la vallée Upano en Équateur, découvert via la technologie de cartographie laser LiDAR (Light Detection And Ranging). Ces cités anciennes ont été décrites dans la revue Science et ont au moins 2 500 ans, soit 1 000 de plus que toute autre société amazonienne complexe connue.

D’anciennes cités amazoniennes vieilles de 2 500 ans

Stéphen Rostain, archéologue au CNRS, étudie la vallée Upano depuis près de 30 ans. Son équipe s’est concentrée sur deux grands sites où ont été découverts des monticules organisés autour de places centrales, des poteries décorées de peintures et de lignes incisées, de grandes jarres contenant des vestiges de chicha, une bière de maïs traditionnelle : Sangay et Kilamope. La datation au carbone 14 montre que les sites Upano étaient occupés environ 500 avant notre ère, peut-être entre 300 et 600.

En 2025, la technologie LiDAR financée par l’Institut national du patrimoine culturel d’Équateur a révélé l’ampleur réelle de ces vestiges. Stéphen Rostain a pu, à partir de ces données, identifier cinq grandes villes et dix plus petites sur 300 km carrés dans la vallée Upano avec l’aide de ses collaborateurs.

Ces villes densément peuplées se composaient de bâtiments résidentiels et cérémoniels. Les cités étaient entourées de champs rectangulaires et de terrasses à flanc de colline où étaient cultivés maïs, manioc et patates douces. Des fouilles précédentes l’attestent déjà.

Lidar cartographique laser
© Antoine Dorison et Stéphen Rostain

Fernando Mejía, archéologue à l’Université pontificale catholique d’Équateur et co-auteur de l’étude, souligne l’importance de ces découvertes. Le centre de Kilamope couvre une superficie identique au plateau des pyramides de Gizeh en Égypte ou à l’avenue principale de Teotihuacan au Mexique. La manière dont le territoire Upano est aménagé rivalise avec d’autres cités mayas.

Le réseau routier qui relie les villes Upano est un millénaire plus ancien que d’autres cités amazoniennes complexes comme Llanos de Mojos qui ont été récemment découvertes en Bolivie. Selon Stéphen Rostain, les villes de la vallée Upano étaient plus denses et plus interconnectées que les sites de Llanos de Mojos.

Des questions subsistent à propos de ces sociétés anciennes

Carla Jaimes Betancourt, archéologue à l’Université de Bonn non impliquée dans ces travaux, souligne que la technologie LiDAR « révolutionne notre compréhension de l’Amazonie précolombienne ». Toutefois, de nombreuses questions restent en suspens à propos du fonctionnement de ces villes, leur population et leur organisation politique.

Thomas Garrison, archéologue et géographe à l’Université du Texas à Austin, estime qu’il est trop tôt pour comparer les villes Upano aux sociétés mayas classiques et à Teotihuacan, qui étaient « beaucoup plus complexes et étendues ». Le chercheur salue tout de même cette découverte : « C’est extraordinaire que nous puissions encore faire de telles découvertes sur notre planète et trouver de nouvelles cultures complexes au XXIe siècle. »

Source : Science.org

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